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  • Démocratie : ring politique ou agora citoyenne

    Pourquoi les élections européennes n'intéressent-elles pas plus les citoyens?

    "Parce qu'on n'a pas réussi à créer, au fond une scène politique, un ring politique au niveau européen comme on l'a depuis longtemps dans les démocraties nationales. Je crois que le problème, c'est que le vrai enjeu d'une élection - qui perd, qui gagne - qui est disons, l'essence du jeu démocratique y compris au sens ludique du terme, n'est pas clair au niveau européen."

    Ce sont texto, les mots utilisés par Pascal LAMY, directeur général de l'Organisation Mondiale du Commerce, invité à commenter la revue de presse de ce jeudi 26 au micro de la Première RTBF. Ils me font froid dans le dos. Car c'est le premier responsable d’une institution aussi fondamentale que l'OMC pour le respect des droits fondamentaux qui proclame que l'essence du jeu démocratique réside dans l'affrontement électoral. Il ressemble à ces sexologues qui considèrent les performances sexuelles comme l'essentiel du vécu amoureux.

    Décidément il est temps de rediscuter des repères à partir desquels orienter les boussoles qui guideront les voyages que nous serons bien forcés d'entreprendre demain.

     

  • Bons mots, mauvais effets

    Quand comprendrons-nous que ce n'est ni à partir de grands discours ni au moyen de programmes pédagogiques élaborés que se construit durablement la citoyenneté, figure nouvelle de la démocratie dans les parlers d'aujourd'hui? On en a encore eu un exemple ce mardi.

    Le souci pédagogique de la RTBF a conduit la Première à programmer en radio une séquence qui sous le titre de Double Clic, reprend à la fin du JP de 13 heures, un segment de l'actualité pour en expliciter plus précisément les enjeux. Décision fort utile en ces temps où le minutage de l'information rend de plus en plus difficile d'en saisir toute la portée.

    Mais quand le journaliste commence sa présentation du sujet en proposant de "s'intéresser aux petits jeux de la confection des listes électorales, sport du moment dans les partis politiques, avec une série de règles à respecter qui imposent d'ailleurs parfois certaines contorsions dans les différentes formations", il manque radicalement le but assigné à l'émission. Petits jeux, sport du moment, certaines contorsions, apparaissent comme autant d'invitations à considérer la politique comme un noeud d'intrigues et de coups fourrés et d’incitations à discréditer a priori une activité aux conséquences pourtant essentielles pour notre vivre ensemble.

    N'advient-il pas une dictature du médiatiquement correct (billet au chapeau accrocheur et à la chute réussie...) plus dangereuse encore pour l'éclosion de l'intelligence des cœurs que celle du politiquement correct qui gèle pourtant déjà bien des sources d’espérance…

  • Fétichisme des formes démocratiques

    L'UCL annonçait hier qu'un nouveau Recteur venait d'être élu en son sein. Au delà de tous les aspects positifs et sans doute parfois négatifs de cette première historique, ne faut-il pas aussi souligner combien ce deuxième tour d'élection s'apparente au fétichisme de la mécanique de la majorité démocratique dont nous discutions récemment.

    Car le candidat finalement élu aujourd'hui avait déjà obtenu plus de 49,99 % des voix au premier tour, mais sans atteindre les fatidique 50% des voix plus une. Et comme l'autre candidat n'atteignait pas 43% des suffrages, la statistique et la sociologie électorale enseignent –parce ce que le second tour devait se dérouler strictement dans les mêmes conditions que le premier - qu'il était pratiquement impossible d'inverser le résultat.

    La presse avait bien remarqué que le nombre de voix séparant Bruno Delvaux d'une élection directe au premier tour était très mince et la RTBF s'était même fait confirmer la chose à l'UCL, laquelle ajoutait qu'il serait difficile de quantifier précisément ce nombre en raison du poids différent accordé aux voix selon le Corps d'appartenance des électeurs. On en restât donc là : aucun des candidats n'ayant obtenu 50%, le second tour devait être organisé conformément au règlement.

    On a donc remis en route candidature, séances d'information, débats, scrutins, dépouillement et publication des résultats. Nouvelle célébration de la liturgie de soumission aux 50% qui signe notre pusillanimité devant les exigences du réel un peu comme ceux que nous appelions naguère les primitifs signent leur impuissance face à la nature en célébrant les rites que leur ont laissé leurs ancêtres pour apaiser les esprits.

    Or la démocratie ne se mesure pas d’abord en termes de respect des procédures électorales : elle se donne surtout à voir dans la mesure où les élus, l’élection étant terminée, prennent en charge l’existence de ceux qui les ont désignés. Il n’est peut-être pas sot de se rappeler qu’il fut une civilisation dont nous nous revendiquons fils, qui laissait au tirage au sort le soin de désigner ceux qui animeraient la Cité.

  • Crise de la confiance

     

    Une des dépêches reprises ce dimanche matin par lalibre.be nous informe de la hausse de la clientèle pour les détectives privés : depuis la crise, alors que les enquêtes à caractère privé sont en chute libre, les demandes affluent de la part des entreprises, principalement dans les secteurs de l’emploi,  du travail et des assurances et dans le domaine commercial. Elles portent notamment sur la vérification des curriculum vitae au moment de l'embauche, la concurrence déloyale d'employés travaillant en sous-main pour un concurrent ou encore sur la  contrefaçon.

    Cette dépêche qui interroge sur la progression de la méfiance comme élément de base du rapport à l'autre, éveille une question plus fondamentale encore quand on l'inscrit dans la perspective de l'enquête sur « les détectives privés, ces agents de l'ombre » du journal de 20 heures de TF1 hier soir.

    Quand un détective déclare que si on voulait vraiment appliquer la loi, le métier n'existerait plus, on en vient à se demander si nous n'avons pas perdu confiance non seulement dans l'autre mais dans les institutions que nous avions construites ensemble pour  protéger nos droits et nos libertés. Nous finissons par avoir plus confiance dans un service illégal  que nous payons individuellement que dans un service organisé par la loi avec l'argent de tous.

  • Economie et relations sociales

    "L'Occident a inventé un système étrange où, au lieu que l'économie soit encastrée dans les relations sociales, ce sont les relations sociales qui sont encastrées dans l'économie. Toutes les autres civilisations avaient évité soigneusement cette inversion. Etant fondamentalement irrationnel, ce système ne peut pas en fin de compte persister."

    Immanuel WALLERSTEIN,"L'Occident,le capitalisme et le système-monde moderne",in  Sociologie et sociétés,avril 1990,p. 50, cité par  Edouard LEGRAIN,"Travail total,déclin du salariat", in Krisis,18,novembre 1995,p. 40.

    Ce que nous vivons ces temps-ci ne nous invite-t-il pas à penser que l"analyse de Wallerstein comporte des éléments de réalité qu'il serait heureux de prendre en considération dans nos plans de relance et de reprise?

     

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    inventer de nouveaux rapports

    L'hominescence