Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

  • C'est tout en théorie...

    "J'ai suivi un cours de management des catastrophes, mais c'est tout en théorie". C'est la réponse faite par un des infirmiers belges qui ont choisi de demander congé pour prendre part à la mission de sauvetage en Haïti. Il était interrogé par les envoyés spéciaux de la RTBF.be au Journal Parlé de la Première ce lundi matin à 9 heures.

    Il y a à penser dans cette réponse spontanée.

    Beaucoup ont été frappés, le lendemain de la catastrophe, par l'insistance avec laquelle on expliquait l'absence d'intervention sur le terrain par la disparition de "chaînes de commandement". L'absence du N° UN ou du N° DEUX semblait suffisante pour paralyser l'action de toute organisation !

    N'en venons-nous pas de plus en plus à mettre en place des procédures d'optimisation et de contrôle qui finissent par freiner voire empêcher les actions que les exigences des situations définissent de manière absolument claire ? Comme le dit l'infirmier sur le terrain, " on est en pilote automatique... on est infirmier, on est docteur... on pense la nuit."

    Cette confirmation des potentialités qui existent en chacun de nous et que l'action autonome permet par excellence de révéler, ne nous invite-t-elle pas à questionner nos certitudes pétries de refus des risques? Ceux-ci  constitueront pourtant toujours une des dimensions essentielles de nos vies...

     

     

     

     

  • L’emballement médiatique aveugle risque de nous aveugler

    Je me suis demandé si je n'avais pas exagéré en considérant le communiqué de Véronique Pécresse comme un fait de campagne et non comme une manifestation de sympathie à tous ceux qui avaient été touchés par l'agression dont avait été victime Hakim.

    Mais le ver était bien dans le fruit. Dès la soirée, on apprend que Jean-Paul Huchon s'en est pris à la "campagne de caniveau" de Valérie Pécresse en lui reprochant, selon le site du nouvelObs.com de "politiser" le drame qui a coûté la vie vendredi à un lycéen du Val-de-Marne, et d'avoir eu une attitude "très médiocre par rapport à la douleur des familles". En lisant cet article, on se rend compte de la violence des coups portés en tirant chacun parti de ce qui s'est passé : la mort de Hakim est utilisée par l'un pour dire qu'il manque du personnel dans les lycées par l'autre pour dire qu'il faut absolument plus d'initiatives sécuritaires...  Sanctuarisation oblige !

    Je n'ai pas le cœur de reprendre les réponses de Me Pécresse et de son parti. Outre le nouvelObs cité, leFigaro.fr publie une série de réactions qu'on peut lire si l'on souhaite poursuivre la démonstration qui pour moi est suffisante. Je préfère me tourner pour retrouver un peu de sérénité et en mémoire de Hakim, vers quelques lignes de la conclusion de l'ouvrage que Véronique Le Goaziou et Laurent Mucchielli, ont publié en octobre dernier sous le titre "La violence des jeunes en question". On peut trouver une brève présentation de cet ouvrage sur le site de la Section de Toulon de la LDH.

    "La frénésie sécuritaire qui tient actuellement lieu de politique n'est en réalité qu'une forme particulière de gestion de l'urgence. Elle ne voit guère plus loin que le bout de son nez. Une politique digne de ce nom est une politique volontariste qui, au contraire, se projette dans le temps, qui veut changer la donne et qui fait pour cela un pari sur l'avenir. Ainsi la prévention n'est pas une vague sensiblerie que des personnes « laxistes » ou « droits-de-l'hommistes » développeraient envers et contre tout « bon sens ». Elle n'est pas une attitude compatissante qui s'opposerait à la ferme répression. Prévention et répression sont deux choses fondamentalement différentes, qui se situent dans des temporalités différentes. La répression n'est qu'une façon de gérer l'instant, seule la prévention est une véritable politique au sens où elle cherche à préparer l'avenir. La gestion de l'urgence se limite fatalement à désigner des coupables (les jeunes et leurs parents). La prévention est autrement plus ambitieuse et plus courageuse, tout en étant parfaitement concrète et en se construisant localement."

     

     

  • Etre politique ou faire de la politique

     

    Ce blog a commencé en interrogeant ce que le Vif  appelait les "relations incestueuses" entre médias et politique. Le drame que vient de vivre le lycée Darius Milaud, au Kremlin-Bicêtre fournit à mes yeux  bien des arguments pour revenir à la prédiction du Pr Van de Dingen de l'ULB : " tout le monde finira par faire le même métier ... qui ne sera ni du journalisme, ni de la politique mais de la communication."

    Selon Libération, le président de région, Jean-Paul Huchon, venu sur place tente de prévenir toute récupération. «Il s'agit là d'un affrontement purement personnel, pas d'une intrusion de jeunes extérieurs à l'établissement ou d'une rivalité entre bandes. N'en faisons pas une affaire de politique de sécurité publique.» Le lycée, était «bien protégé»: vidéosurveillance et des portails changés dans l'année. Ces déclarations sont reprises dans le titre d'une dépêche du Monde ou l'on peut lire « "Le lycée était bien protégé, on avait mis des portiques de sécurité et des caméras de vidéosurveillance voilà un an et demi. Il n'y a pas de problèmes de sécurité".

    Jean-Paul Huchon est élu sur les listes du PS et les élections régionales auront lieu en mars : et ,en campagne, il n'y a pas de petits profits. La candidate UMP Valérie Pécresse,  diffuse donc un communiqué où après avoir fait part de son émotion et de son indignation devant les faits de violence inacceptable qui se sont déroulés et exprimé sa sympathie à la famille et à la communauté éducative de l'établissement, -se refusant pour sa part à faire d'un tel drame un sujet de polémique politicienne- regrette la formule malheureuse du Président du Conseil régional d'Ile-de-France qui a estimé que l'agression à l'arme blanche d'un lycéen par un autre n'était pas un « problème de sécurité ».

    Et la polémique est lancée ; Huchon tente de l'éteindre dans une déclaration reprise par le Parisien «Je mesure la douleur des parents. Mais il s'agit d'une affaire strictement personnelle. Si quelqu'un veut s'ingénier à en faire une affaire de police ou de violence dans un esprit polémique, ça ne sera pas glorieux, et ça ne sera pas très raisonnable». Et , dans l'après-midi, il fait préciser par son entourage qu'en employant l'expression "portique de sécurité", il ne faisait pas référence à un détecteur de métaux mais à l'installation de portails sécurisés.

    Restons-en là. Il semble que la mort de Hakim ramène les choses à l'échelle où le monde se joue : comme les primitifs organisent des danses pour conjurer les menaces qui les entourent, nous allons organiser une marche silencieuse où tous les candidats feront cause commune ...

     

     

     

  • J'avais jamais vu quelque chose comme ça, sauf dans les films

    Ce sont, rapporte Cordélia Bonal sur le site du journal  Libération, les mots que Kevin utilise pour dire la vérité de ce qu'il venait de vivre ce vendredi  matin dans un lycée du Val-de-Marne. Hakim, poignardé par un autre élève venait de s'écrouler ensanglanté dans le couloir du bâtiment où il était remonté attiré par les cris entendus.

    J'avais le projet hier soir de réfléchir à partir de ce cri du cœur face aux réactions des ministres Hortefeux et Chatel. J'apprends ce matin que Hakim  n'a pas pu être sauvé : Hakim est mort  et sa mort nous laisse bouche bée devant l'immense détresse qui étreint ce matin les parents et l'entourage tant de celui qui est mort que de celui qui a porté les coups.

    Parce que dans la vie, ce n'est pas comme dans les films : on joue et on paye pour du vrai ...