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  • Le rat, le sexe, le scientifique et nous

    Ce qu'on pouvait entendre jeudi dernier de la bouche d'un autre professeur expert - en neuroendocrinologie celui-ci- vient conforter me semble-t-il, les réflexions développées l'autre jour sur la nécessité de bien distinguer le violoniste du violon si l'on veut  cibler les dérives technico-objectives que risque d'engendrer un  pouvoir  trop absolu accordé au   paradigme qui organise la recherche contemporaine.

    C'était à nouveau sur les ondes de La Première au cours de l'émission "Tout autre Chose"  de Martine Cornil. Jacques Balthazart qui dirige le Groupe de Recherches en Neuroendocrinologie du Comportement à l'université de Liège, y présentait son nouveau livre  publié chez  Mardaga sous le titre Biologie de l'homosexualité et avait accepté de répondre aux nombreuses questions des auditeurs à ce propos.

    Interrogé sur la fréquence élevée des comportements sexuels dans des milieux comme les prisons, il expliqua que celle-ci devait être attribuée à la puissance absolument considérable de la pulsion sexuelle combinée avec l'absence du partenaire du sexe habituellement désiré. Fidèle à son soucis de préciser la portée exacte du résultat de ses recherches, M. Balthazart profita d'ailleurs de cette situation spécifique pour insister sur la nécessaire distinction entre « comportement » et « orientation » homosexuels mise ainsi en évidence.

    Il n'y a rien à redire à tout cela. Ce qui est, à mes yeux, signal de danger pour nos existences, ce sont les mots  mis en œuvre pour expliciter cette position. "Dès que le partenaire préféré redevient disponible, c'est lui qui sera utilisé dans les relations sexuelles". Certes, il n'y a pas de mal à voir les rats utiliser tel ou tel partenaire pour répondre à la pulsion qui les animent. Mais les mots prennent un poids  radicalement différent quand on passe à l'ordre du symbolique où l'espèce humaine a établi la demeure qu'elle continue à construire.

    C'est à partir du refus d'être "utilisé" que se sont engendrés les Droits de l'homme. Et c'est parce qu'ils  "utilisent " leur partenaire sexuel que les violeurs et les pédophiles nous apparaissent comme inhumains.

     

    P.S.  On peut écouter l'ensemble de cette émission ici. On aura ainsi l'occasion de mesurer la difficulté de ne pas enfermer la complexité du phénomène dans des « résumés » qui souvent reflètent plus le souhait de leur auteur que le soucis d'arriver à une appréciation correcte de ce qui se passe. De ce point de vue, l'attitude de Jacques Balthazart m'a parut plutôt exemplaire en terme d'honnêteté scientifique.

     

  • On est notre cerveau !

    Lorsqu'en novembre dernier l'histoire de Rom Houben à Liège avait sur les médias le même effet que la tolérance zéro ou la découverte de deux Kalachnikov à Bruxelles ces jours-ci, j'avais été tenté de revenir à cette invraisemblable expérience d'une présence intense à ce qui se passe dans bien des cas de coma profond et prolongé.

    Je n'en fis finalement rien. Parce que ce qui venait de se passer au CHU de Liège ne faisait que confirmer ce que l'incroyable « résurrection »  de Jan Grzebski nous avait appris en juin 2007. Je ne voyais pas ce qui aurait pu être ajouté à la leçon de vie reçue ce jour-là et que je relis de temps en temps à Good Bye Lenin, Bonjour la Vie.

    Si j'y reviens aujourd'hui, c'est parce que j'ai entendu hier le professeur Steven Laureys -qui a soigné Rom Houben- terminer l'émission "Tout autre Chose"  de Martine Cornil sur La Première par une affirmation terrible à mes oreilles : «  On est notre cerveau et lorsque le cerveau est lésioné, est atteint, on sera différent. »

    Non on est plus que notre cerveau ! Il ne faut pas accepter cette réduction de la personne à un organe physiologique si important soit-il pour l'existence de celle-ci. Le violon n'est pas le violoniste même si  toute la richesse de la musique n'existe objectivement qu'à travers et que grâce à l'instrument.  Le cerveau est le violon de la vie et du vivant.