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  • Réseaux sociaux ou Pains de la lune?

    Après la démonstration de leur efficacité par la révolution tunisienne, les réseaux sociaux avec Twitter et Facebook en première ligne, ont significativement contribué au déclenchement des manifestations contre le pouvoir égyptien et et à la coordination de la révolte populaire qui conduisit finalement à la chute de Moubarak.

    Cette actualité rappelle un évènement que Régis Évariste Huc situe vers 1368 et qu'il rapporte dans ses Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie, le Thibet et la Chine pendant les années 1844, 1845 et 1846. Il s'agit de l'insurrection des Chinois contre la domination que leur imposaient les Mongols. Mais écoutons l'histoire qu'il nous raconte dans la langue châtiée qui avait cours en 1850 :

    "Nous arrivâmes à Chaborté le quinzième jour de la huitième lune, époque de grandes réjouissances pour les Chinois. Cette fête, connue sous le nom de Yué-ping (Pains de la lune), remonte à la plus haute antiquité. Elle a été établie pour honorer la lune d’un culte superstitieux. En ce jour de solennité, les travaux sont suspendus ; les ouvriers reçoivent de leurs maîtres une gratification pécuniaire ; chacun se revêt de ses beaux habits, et bientôt la joie éclate dans toutes les familles, au milieu des jeux et des festins. Les parents et les amis s’envoient mutuellement des gâteaux de diverses grosseurs, où est gravée l’image de la lune, c’est -à-dire un petit bosquet au milieu duquel est un lièvre accroupi.

    Depuis le XIVe siècle, cette fête a pris un caractère politique peu connu des Mongols, mais que la tradition a fidèlement conservé parmi les Chinois. Vers l’an 1368, les Chinois songèrent à secouer le joug de la dynastie tartare fondée par Gengis-Kang, et qui gouvernait l’empire depuis près de cent ans. Une vaste conjuration fut ourdie dans toutes les provinces ; elle devait éclater sur tous les points, le quinzième jour de la huitième lune, par le massacre des soldats mongols, établis dans chaque famille chinoise pour maintenir la conquête. Le signal fut donné de toutes parts, par un billet caché dans les gâteaux de la lune, qu’on avait coutume de s’envoyer mutuellement à pareille époque. Aussitôt les massacres commencèrent, et l’armée tartare, qui était disséminée dans toutes les maisons de l’empire, fut complètement anéantie. Cette catastrophe mit fin à la domination mongole ; et maintenant les Chinois, en célébrant la fête du Yué-ping, se préoccupent moins des superstitions de la lune, que de l’événement tragique auquel ils durent le recouvrement de leur indépendance nationale."

    Ainsi, les hommes empêchés d'exister par d'autres hommes, finiront toujours par trouver les ressources nécessaires pour mettre en place les conditions de leur libération : nous apprenons ainsi progressivement que la liberté est l'oxygène du vivre-ensemble des hommes ... et que l'argent, quand il devient le Maitre, en est sans doute le pire ennemi.

  • Convictions qui enferment ou racines qui donnent sens?

    J'attendais patiemment mon tour l'autre soir en feuilletant les publications qu'on trouve sur les tables de toutes les consultations. Le texte qui ouvre le Dossier N°76 que l'ASBL "Couple et Famille" a consacré au thème "Familles et convictions" m'a paru semence d'avenir digne d'être partagée. Le voici donc sans autre commentaire :

    Quand j'entends "convictions", je pense à l'époque où les choses étaient définies une fois pour toutes, où chacun et chacune avait sa place à remplir dans le grand Ordre du monde éternellement prescrit par ceux qui savaient à ceux qui ignoraient . Je pense à l'enfermement des esprits mais surtout de l'Esprit dans des principes dont la contrainte constituait la garantie principale : inquisitions, interdictions, spoliations, bannissements, exécutions, tels étaient les outils préférés tant des laïcs que des religieux pour maintenir et défendre leurs convictions.

    Je pense aux convictions des grands prêtres et des grands maitres, des princes de l'Église et des princes de l'Argent, des moralistes et des économistes : tous geôliers de leur vérité et zélateurs de leurs lois de peur sans doute de devoir s'interroger ,personnellement et collectivement, sur les fondements des fois qui les animent mais sans doute aussi, de peur de voir s'effondrer les positions où les placent les principes qu'ils servent. De ce point de vue, foi ou croyance religieuse, politique ou philosophique se classent au même niveau : elles ont assez bien fait la preuve que leur dérive "naturelle" les conduit fort facilement là où nous les avons trouvées en commençant cette réflexion.

    Mais, Dieu aidant, ces citadelles se sont lézardées et des souffles nouveaux s'échappent des interstices ainsi créés : l'énergie enfermée dans les principes et figée dans les convictions s'exprime dans des constellations nouvelles où la Vie devient la figure de la Vérité. Les fondements des convictions sont relus en racines qui donnent sens, en repères d'existence et en ferments de l'action. Et les mondes fermés s'ouvrent à nouveau pour devenir projets à construire, œuvres à réaliser.

    Le groupe qui nous était limite en nous assignant nos identités nous devient ressource en nous affrontant une fois de plus à l'Autre, non plus pour le conquérir, le convertir, le sauver ou même le développer mais pour le rencontrer, l'accueillir en devinant confusément que sans lui, nous ne pourrions jamais être vraiment nous-mêmes.

  • Les progrès de l'idée séparatiste

     

    "Beaucoup de bons citoyens s'effrayent à juste titre des progrès que fait l'idée séparatiste. Il n'existe qu'un moyen de conjurer le danger : c'est de mettre fin à la cause qui l'a produit. Cette cause n'est autre que l'hégémonie parlementaire de la Flandre. C'est elle qui a permis , depuis de nombreuses années, aux député flamands, grâce à leur supériorité numérique, d'imposer à la Wallonie des lois contraire à sa volonté. "

    Je trouve extraordinaire de lire ce texte aujourd'hui. Il est signé Magnette. Charles Magnette qui ouvre ainsi sa 'Note de la Minorité' annexée au Rapport fait par M. Ligy au nom de la Commission de révision de la Constitution du Sénat qui avait examiné une proposition de révision de l'article 39 en sa séance du 7 octobre 1921.

    Pendant 90 ans, on a ainsi vu une minorité d'hommes courageux et lucides éconduits par une majorité sûre d'elle même, drapée dans des principes qui devenaient d'année en année et d'élection en élection, toujours plus étrangers aux vécus quotidiens des hommes et des femmes de chez nous.

  • Sarkozy et Moubarak

     

    Avec un peu de recul, la soirée de jeudi apparait comme une démonstration pratique de la théorie de l'exercice du pouvoir à l'ère des médias. Car on a découvert et on enseigne que les outils de communication sont riches de possibilités -pour qui sait les utiliser- en matière de construction de réels .

    Ce soir là donc, deux Présidents, Nicolas Sarkozy s'adressant aux enfants de la Révolution française et Hosni Moubarak s'adressant aux fils des Pharaons, entraient en conversation avec leur peuple. Ce que je veux souligner, c'est l'intéressante similitude des contenus:" je comprends vos attentes et vos inquiétudes; l'émotion qui vous touche me touche car moi aussi je suis de chez nous; j'ai entendu votre message, ce que vous dites est juste et plein de bon sens...mais l'intérêt supérieur de la nation m'impose de ne rien faire de ce que vous me demandez, je vous demande de me comprendre et de me faire confiance pour réaliser ce qui est bon pour notre pays ! "

    On est frappé de voir comment le recours aux experts en communications conduit à un discours de plus en plus formaté  au point qu'on finira par ne plus guère pouvoir différencier dictature et démocratie. Alexis de Tocqueville avait déjà entrevu cette possibilité en écrivant dès 1840  dans le 2iéme tome de son ouvrage"De la démocratie en Amérique"ces lignes d'une clarté et d'une lucidité peu commune : "Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.

    Au-dessus de ceux-la s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre?"

    En 1840, "citoyen" était un substantif ... nous en avons progressivement fait un adjectif ... pour habiller notre soumission de consommateur ?