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  • La vraie croisade de Claude Guéant

    Martine Aubry pense que le ministre de l'Intérieur Claude Guéant a commis,"une erreur d'amateur" en employant le terme "croisade" en parlant de la défense devant le Conseil de sécurité des Nations unies, de l'intervention en Libye. En réponse à la presse parlementaire qui l'interrogeait sur les mêmes propos du Ministre de l'Intérieur, Alain Juppé a estimé que "Ce n'est pas ça l'essentiel, c'est une maladresse ".

    Je partagerais bien volontiers l'avis de Juppé. Ne perdons pas notre temps à savoir s'il s’agit d'une erreur ou d'une maladresse : ce n'est pas ça l'essentiel. Et c'est Guéant lui-même qui nous indique ce qui est réellement en jeu. Quand il reconnaît que " croisade " n’était peut-être pas le mot le plus heureux à utiliser, il précise, d'après les informations d'Europe 1, : "ça m'est venu comme ça, alors que je voulais parler de l'action du président pour réunir une majorité au Conseil de sécurité. "

    Car c'est bien de défense et illustration de Sarkozy qu'il s’agit. Relisez ce que le ministre de l'Intérieur a déclaré lors de l'émission "Le Talk Orange/Le Figaro" qui est à l'origine de tout ce branlebas médiatico-politique : "Heureusement qu'il était là, parce que le monde entier s'apprêtait à contempler à la télévision des massacres commis par le colonel Kadhafi, heureusement le président a pris la tête de la croisade pour mobiliser le Conseil de sécurité des Nations unies, la Ligue arabe et l'Union africaine". Heureusement ! Voilà le mot à souligner. Si important qu'il faut le répéter pour magnifier l'homme providentiel sans l'action duquel l'humanité entière allait se livrer à nouveau à la contemplation de massacres à la télévision.

    C'est le même Claude Guéant qui a affirmé qu'à force d'immigration incontrôlée, les Français ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux" et qui a présenté les chiffres du premier tour des élections cantonales, dimanche dernier en manipulant les dépouillements officiels de façon à masquer le piètre résultat de l'UMP. Et il revient aujourd'hui avec port de signes religieux dans le chef des usagers du service public ! Il n'y a pas d'erreur : il y a une stratégie. Et le ministra de l'intérieur en assume sa part.

    Le compte-rendu des travaux fait à l'issue du Conseil des ministres mercredi par François Baroin est explicite : Le chef de l'Etat a "simplement rappelé aux membres du gouvernement qu'ils appartiennent à un collectif et que ce collectif est exclusivement au service des Français ... un ministre n'a pas à donner d'opinion personnelle, il faut être solidaire de l'équipe".

    Être au service des Français, c'est veiller au devenir de celui qui incarne la France. La vraie croisade consiste à recruter des croisés à la droite de la droite pour affronter les infidèles de la gauche. Et le deuxième tour des élections cantonales de dimanche prochain n'est pas étranger au regain de ferveur de ces jours derniers. Agiter le peuple avant de s'en servir : Talleyrand n'est pas mort !

     

  • Fukushima, marketing et supporters

     

    Alors qu'au cœur du cauchemar japonnais s'entrechoquent secousses, tsunamis, incendies, pannes d'électricité et menaces nucléaires, un article mis en ligne ce dimanche nous initie au marketing sensoriel qui " utilise les facteurs d’ambiance du point de vente pour encourager le consommateur à passer à l’acte d’achat " .

    On peut grâce à lui, selon Sophie Rieunier qui inspire et nourrit les réflexions de l'auteur, se différencier des concurrents, répondre à la recherche d’hédonisme du consommateur qui veut se faire plaisir en allant faire ses courses et influencer le comportement du consommateur parce que les facteurs d’atmosphère que sont les éléments tactiles, sonores, olfactifs, visuels, gustatifs et sociaux ont un impact sur l’achat.

    Ce dimanche soir, on apprend que l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire au Japon confirme les " rejets très importants " qui se sont "produits simultanément à l'explosion" samedi à la centrale de Fukushima. Ici, ce sera sur la vie et la mort que l’atmosphère aura un impact...

    Il est vrai qu'à Charleroi hier soir, certains d'entre nous croyaient participer au développement de l'humanité en jetant des fumigènes et des balles de tennis sur un terrain de foot pour célébrer la victoire ou la défaite de leurs idoles... Il devient sans doute temps de se mettre d'accord sur ce que vivre veut dire quand les hommes commencent à douter de leur capacité à devenir maitres du monde.

  • Parlement flamand et Conseil communal de Crainhem

     

    Mon vieux voisin qui a du temps m'interroge ce matin sur les cinq résolutions du Parlement flamand du 3 mars 1999 auxquelles on fait souvent référence dans le débat communautaire. Il semble heureux d'y avoir trouvé pourquoi les négociations préliminaires à la formation d'un gouvernement ne peuvent aboutir.

    " Savez-vous bien, me dit-il, que tous les partis flamands sont tenus par les résolutions du Parlement flamand ? D'après internet, Patrick Dewael (VLD), alors président du gouvernement flamand l'a déclaré dans un interview à la Libre en juillet 2002. C'est pour cela que les négociations sont bloquées !"

    Intrigués, nous tombons d'accord pour interroger le professeur de droit qui habite en face et dont le fils est à l'école des enfants. Il nous félicite pour notre intérêt pour ces questions et confirme que ces résolutions on bien été votées. " Mais, continue-il on vote beaucoup de résolutions. Par exemple ; il n'y a pas longtemps, le conseil communal de la commune de Crainhem a adopté une résolution en faveur de l'élargissement de la Région bruxelloise. Le problème c'est que l'élargissement de la Région bruxelloise ne relève pas des compétences du Conseil communal de Crainhem ! Il en va de même pour le Parlement flamand : il sort de ses compétences quand il débat de la réforme de l’État.  Donc, les résolutions ont sans doute une valeur symbolique pour ceux qui sont assez forts pour les imposer, mais elles ne lient en rien les instances décisionnelles. "

    Nous sommes rentrés chez nous en nous disant que les discours correspondaient décidément de moins en moins souvent à la réalité des choses. Ce qui bloque nos négociations et qui fonde les résolutions du Parlement flamand, c'est peut-être le premier des " maux incurables et irréversibles " qui ont poussé François PERIN à démissionner de son mandat de Sénateur en 1980 : " le nationalisme flamand, qu'il s'avoue ouvertement ou non. "

    Et n'y a-t-il pas de quoi inspirer les analyses d'aujourd’hui dans la réflexion que Perin faisait en 2007 en ré-évoquant cet évènement : " J'ai toujours souhaité une évolution pacifique du pays en faisant évoluer ses structures institutionnelles dans le dialogue. Mais avec le temps, le fédéralisme s'avère autodestructeur à cause du comportement nationaliste flamand."

  • Et les Tocquevilles d'aujourd'hui ?

     

    Nous considérons tous comme le plus grand mal et le plus grand péril de la situation présente l'indifférence profonde dans laquelle tombe le pays, indifférence croissante qui se manifeste par les symptômes les plus redoutables. Il y a beaucoup de causes à ce mal ; mais assurément l'une des principales est la croyance chaque jour plus profondément enracinée dans la masse que la vie politique n'est plus qu'une partie où chacun ne cherche qu'à gagner ; que la politique n'a de sérieux que les ambitions personnelles dont elle est le moyen ; qu'il y a une sorte de duperie et presque de bêtise et de honte à se passionner pour un jeu sans réalité et pour des chefs politiques qui ne sont que des acteurs, qui ne s'intéressent même plus au succès de la pièce, mais seulement à celui de leur rôle particulier. "

    Ces lignes -d'une langue exquise si on l'aime ou maniérée si on ne l'aime pas- sont d'Alexis de Tocqueville. Il les a écrites le 14 décembre 1846 dans la lettre qu'il adresse à son ami Gustave de Beaumont et elles sont reprises à la page 577 de " TOCQUEVILLE Lettres choisies, Souvenirs " édité chez Gallimard en 2003 par Françoise Mélonio et Laurence Guellec.

    On pourrait se contenter de s'émerveiller en soulignant à nouveau la perspicacité de Tocqueville quand il tente de cerner les risques qui accompagnent les hommes dans la mise en œuvre du projet démocratique. Mais ne faut-il pas faire un pas de plus en se demandant ce que nous pourrions faire pour que les Tocqueville d’aujourd’hui ne doivent pas attendre 150 ans avant qu'on reconnaisse la justesse de leurs analyses et le bien fondé de leurs propositions ?

  • La peur pour aujourd'hui, l'espérance pour demain

    L'allocution radiotélévisée que le Président de la République Nicolas Sarkozy, a adressée aux français sur la situation internationale pour sauver le candidat Président Nicolas Sarkozy des sables mouvants où l'entrainaient les tergiversations de Michèle Alliot-Marie, met bien en lumière combien désormais la communication est devenue essentielle dans la construction des vivre-ensembles des hommes. Les effets de l'image de soi et et de la situation qu'elle produit prennent le pas sur qui on est et sur ce qui se passe dans les faits.

    Pour convaincre ceux qu'il faut rassurer parce que c'est la peur de l'avenir qui les anime, on dira avec conviction :

    "De l'autre côté de la Méditerranée, se produit un immense bouleversement : certains peuples arabes prennent leur destin en main, renversant des régimes ... qui ... malgré leur caractère autoritaire ... apparaissaient aux yeux de tous comme des remparts contre l'extrémisme religieux, le fondamentalisme et le terrorisme.

    Le sort de ces mouvements est encore incertain... ils peuvent aussi bien sombrer dans la violence et déboucher sur des dictatures pires encore que les précédentes. Nous savons ce que pourraient être les conséquences de telles tragédies sur des flux migratoires devenus incontrôlables et sur le terrorisme.

    Mon devoir de Président de la République est d'expliquer les enjeux de l'avenir mais tout autant de protéger le présent des Français. C'est pourquoi ... nous avons décidé de réorganiser les ministères qui concernent notre diplomatie et notre sécurité. Ainsi les fonctions régaliennes de l'État se trouveront-elles préparées à affronter les événements à venir dont nul ne peut prévoir le déroulement. Vous pouvez compter sur ma détermination ..."

    Pour convaincre ceux qu'il faut enthousiasmer parce que c'est la foi en l'avenir qui les anime, on dira avec la même conviction :

    "De l'autre côté de la Méditerranée, se produit un immense bouleversement. ... Ce changement est historique. Nous ne devons pas en avoir peur. Il porte en lui une formidable espérance car il s'est accompli au nom des valeurs qui nous sont les plus chères, celles des droits de l'homme et de la démocratie. Pour la première fois dans l'histoire, elles peuvent triompher sur toutes les rives de la Méditerranée.

    Nous ne devons avoir qu'un seul but : accompagner, soutenir, aider les peuples qui ont choisi d'être libres. ... il nous faut tout faire pour que l'espérance qui vient de naître ne meure pas ... Nous avons donc le devoir d'agir avec une ambition qui soit à la dimension des événements historiques que nous vivons. Vive la République ! Vive la France !"

    Tous ces mots ont été dits. Et ceux qu'il ne fallait pas dire ont été soigneusement évités. C'est dans les coulisses que la réalité doit rester enfermée. On ne pouvait " accepter que certains utilisent cette cabale pour essayer de faire croire à un affaiblissement de la politique internationale de la France " ni que " l'action internationale " du Président " puisse, en quoi que ce soit, en souffrir " lit-on dans la lettre de démission de la Ministre qui à constitué le point d'entrée de ce branle-bas médiatique.