Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

  • Comment utiliser au mieux les médicaments ...

     

    La curiosité n'est pas toujours un vilain défaut. En cherchant à en savoir plus sur les "arrangements" entre firmes pharmaceutiques, objet de ma dernière note, j'ai appris que ce qui se passait dépassait peut-être de beaucoup, la disparition des "spécificités des activités humaines " qui avait retenu mon attention.

    Le communiqué de presse publié par la Commission européenne pour annoncer sa position dans cette affaire offre en effet une synthèse fort éclairante des comportements intervenus au moment où certains brevets du citalopram détenus par la firme Lundbeck arrivaient à expiration.

    A l'estime de la Commission, "... les entreprises ont conclu des accords prévoyant le versement d’importants montants par Lundbeck à ses quatre concurrents génériques qui se sont ensuite abstenus de mettre sur le marché des médicaments génériques du citalopram. Il s’agissait de paiements directs de Lundbeck aux fabricants de produits génériques concurrents ou d’autres opérations, telles que l’achat de stocks de médicaments génériques du citalopram destinés à être détruits ou l’octroi de bénéfices garantis dans le cadre d'un accord de distribution."

    C'est dailleurs en raison de ces constatations que " la communication des griefs est aussi adressée à Merck KgaA, Generics UK, Arrow, Resolution Chemicals, Xellia Pharmaceuticals, Alpharma, A.L. Industrier et Ranbaxy, qui faisaient partie du groupe des fabricants de produits génériques ayant conclu des accords".

    Certes, comme le souligne ce communiqué, " l’envoi d’une communication des griefs ne préjuge pas de l’issue de l’enquête." Mais il ne faut pas sous-estimer le fait que de hauts fonctionnaires en arrivent à constater que " l’achat de stocks de médicaments ... destinés à être détruits " a pu se produire.

    Car si c'était le cas, il faudrait admettre une fois pour toutes, que les règles du jeu ont fondamentalement changé : l'activité économique ne consisterait plus à produire des biens pour répondre à un besoin fût-il accessoire mais tout bêtement pour vendre sans aucune autre considération que la propre utilité du producteur, concept théorique hier, réalité empirique aujourd'hui.

     

     

     

  • A qui le tour ?

     

    Après son enquête sur "l'entente entre certaines banques pour manipuler le Libor" dont nous parlions il y a quelque jours, voici que la Commission européenne fait savoir ce 25 juillet, qu'elle "adresse une communication des griefs à Lundbeck et à d'autres entreprises qui empêchent l’entrée sur le marché de médicaments antidépresseurs génériques", substituts au Citalopram décrit comme "médicament phare "par la Commission. On apprend par le même communiqué, qu'elle prépare de nouvelles mesures dans l'enquête qu'elle a entamé sur les comportements et les accords "susceptibles d'avoir pour objet ou pour effet d'entraver l'entrée sur les marchés de l'EEE du Perindopril générique, un médicament cardio-vasculaire mis au point par Les Laboratoires Servier" sous le nom de marque Coversyl. On a d'ailleurs appris récement que le gouvernement britannique,en la personne d'Andrew Lansley, Secrétaire d’État à la santé, réclame au Laboratoire Servier 220 millions de Livres Sterling de dédommagement pour avoir retardé l’arrivée de génériques.

    Ainsi disparaissent les spécificités des activités humaines : secteur financier et secteur pharmaceutique privilégient l'un comme l'autre, de la logique du profit à tout prix qui sans faire grand bruit va s'imposant à tout.

    Ne serait-il pas temps de dire clairement qu'au delà de la défense de l'article 101 du traité sur le fonctionnement de l'UE, qui interdit les pratiques ayant pour objet ou effet de restreindre le jeu de la concurrence, il y a l'enjeu des hommes et des femmes qui s'interrogent sur le devenir de leurs enfants et petits-enfants. Qui se demandent si nous ne sommes pas en train de nous tromper d'histoire d'amour en acceptant que l'argent s'instaure progressivement comme le régulateur unique de nos rapports... et en oubliant que la loi est la protection du faible et non l'arme du puissant !

     

  • Tout n'est que changement … sauf qu'on meurt toujours !

     

    Tout n'est que changement ! Cest le titre de la récente chronique donnée par Rudolf Rezsohazy à Lalibre.be. Il s'y intéresse "aux changements qui touchent aux fondements de la société, de la culture, de l’économie, de notre mode de vie" et considère l’"affirmation de l’épanouissement de la personne comme but de l’existence", la "révolution informatique" et le "réagencement de la scène internationale" comme les trois moteurs fondamentaux de la transformation radicale de "notre civilisation occidentale".

    Chantal Delsol s'intéresse elle aussi au "destin de notre représentation du monde" dans le bel ouvrage qu'elle a publié aux Editions du Cerf l'an dernier sous le titre "L'âge du renoncement". Pour cet auteur, "l’âge contemporain est le fruit d’un long processus d’instrumentalisation de la vérité au profit de l’utile". Cette manière de voir est proposée de manière plus détaillée en 4ième de couverture de son livre.

    "L'époque présente atteste plutôt la réinstauration de modes d'être et de pensée comparables à ceux qui précédèrent l'Occident chrétien et à ceux qui se déploient partout hors l'Occident chrétien : des sagesses et des paganismes, déjà à l'œuvre sous la texture déchirée de nos anciennes convictions, transcendantes ou immanentes. Ces sagesses se nourrissent de renoncement(...) Renoncement à la quête de la vérité, renoncement au progrès, à la royauté de l'homme, à la liberté personnelle. Les conséquences en sont, par un lent processus, le remplacement du vrai par le bien, des dogmes par des mythes, du temps fléché par un retour au temps circulaire, du monothéisme par le paganisme ou le panthéisme, de l'humanisme de liberté par un humanisme de protection, de la démocratie par le consensus, de la ferveur par le lâcher prise..."

    Tandis que l'analyse de Rezsohazy s'arrête au caractère passionnant de lobservation des aventures de l’humanité, celle que propose Delsol en arrive à questionner l'abandon quasi sans douleurs de conquêtes humaines primordiales si péniblement tirées du néant par ceux qui nous ont précédés. Pour elle - c'est la dernière phrase de sa conclusion - " les fous de la vérité sont peut-être les dépositaires d'une autre âme du monde, dont ils veillent la lueur captive".

    Car de génération en génération, depuis longtemps les hommes et depuis peu, les femmes avec eux, cherchent à savoir pour quoi ou peut-être mieux, pour qui ils sont entrés dans le tourbillon de la vie qui d'expérience, débouche inexorablement sur la mort. Et les réponses données de siècle en siècle au problème de la vie et de la mort étaient, dans notre civilisation, le fruit d'âpres confrontations auxquelles chacun était appelé à apporter sa part personnelle. Depuis le temps de l'estompement des normes et des accommodements raisonnables, la recherche de consensus appellerait désormais chacun à de plus en plus baisser personnellement pavillon face à l'omniprésence du citoyen responsable, grand inquisiteur du collectivement correct.

     

  • Contraire à l'éthique mais pas à la loi !

     

    On sait qu'aux États-Unis, le Centre de recherche du Congrès est chargé d'enrichir le travail du Sénat et de la Chambre des représentants en mettant à la disposition des Membres de ces Assemblées et de leurs Commissions, le résultat d’études effectuées pour mieux apprécier l'état de la nation dans l'ensemble des domaines qui conditionnent l’existence et le devenir d'une société.

    On a appris hier que ce Centre avait rendu publiques ce 17 juillet, les conclusions de l'analyse qu'il vient de réaliser sur "la distribution de la richesse entre les ménages de 1989 à 2010" aux USA. La grande majorité des médias comme lalibre.be ou rtbf.be, y ont fait écho en titrant " USA: la moitié de la population détient 1,1% de la richesse nationale ". Il y aurait beaucoup à dire sur l'écart qui se creuse ainsi entre ce qu'on appelait les riches et les pauvres quand les mots renvoyaient aux vécus quotidiens. Car savoir que 10% des ménages possèdent 74,5% de la richesse nationale – ils ont accru leur "part" de 5% en 6 ans de 2004 à 2010 – interroge le discours sur les effets négatifs de ce qu'on a appelé la crise. Mais je me demande s'il n'y a pas aussi beaucoup à apprendre d'une autre nouvelle reçue hier encore de New Tripoli, Pennsylvanie.

    Une maman est parvenue à s'introduire frauduleusement dans le système informatique de l'école de ses enfants pour modifier en leur faveur, les notes qu'ils avaient obtenues. La chose n'est sans doute pas banale mais on manquerait l'essentiel si on se contentait de la commenter. Car ce qui est à mes yeux fort éclairant, c'est la déclaration de la mère à la police : " elle pensait que ce qu'elle avait fait était contraire à l'éthique, mais pas à la loi." Ce raisonnement doit sans doute nous aider à comprendre les résultats livrés par le Centre de recherche du Congrès : s'enrichir sans tenir compte des autres est contraire à l'éthique mais pas à la loi ! Car la soumission aveugle aux lois estompe progressivement les exigences de la Loi ...

     

  • La guerre des banques

     

    L'hebdomadaire "Der Spiegel" nous a appris hier dimanche, que la Deutsche Bank a offert à la Commission européenne de coopérer à l'enquête qu'elle a ouverte "pour savoir s'il y a eu une coalition, une entente entre certaines banques pour manipuler le Libor" pour reprendre les mots utilisés par le commissaire européen au Marché intérieur Michel Barnier sur Europe 1. Cette démarche vise à bénéficier d'un statut de "témoin repenti",qui permettrait à la DB d'espérer échapper ainsi à une sanction trop lourde dans cette affaire. La même démarche a été entreprise auprès des autorités suisses.

    Sachant que seule la première banque qui offre de coopérer à l'enquête peut jouir d'une immunité totale et que seules deux autres peuvent espérer voir leur offre de collaboration entrainer pour elles une condamnation plus légère, il devenait urgent de se décider,UBS et Barclays s'étant déjà assurées du statut de témoin repenti auprès de la Commission.

    On sait – Trends,be a titré "Le scandale financier du siècle" -que, pour mettre fin aux enquêtes des régulateurs britannique et américain sur de possibles manipulations du taux interbancaire britannique entre 2005 et 2009, Barclays a accepté de payer des amendes pour un total de 290 millions de livres, soit environ 360 millions d'euros ! Une paille si la banque américaine Morgan Stanley a vu juste dans l'étude reprise par L'Expansion.com : le montant des amendes atteindrait finalement 5,67 milliards d'euros environ à répartir entre 11 banques parmi lesquelles Barclays bénéficierait d'une prime "pour avoir trouvé un accord amiable avant les autres."

    Décidément, le premier tricheur qui dénonce les autres après avoir bien profité lui-même de la tricherie est bien récompensé. Le cynisme du comportement d'UBS qui avait été la première à sentir le vent du boulet. est clairement explicité par Arnaud Parienty dans la traduction qu'il donne de la page 83 du rapport de la grande banque suisse pour le quatrième trimestre 2011: "Plusieurs agences gouvernementales, notamment la SEC, l’USCFTC, le Ministère de la justice et la FSA, enquêtent sur la détermination du taux LIBOR de la BBA. Il semble que ces investigations se focalisent sur le point de savoir si des tentatives inappropriées de la part de UBS (parmi d’autres), seule ou avec d’autres, ont eu lieu en vue de manipuler le taux LIBOR à certains moments.(…) UBS a obtenu une immunité conditionnelle des autorités de certaines juridictions, notamment le ministère américain de la justice et la commission de la concurrence suisse, en relation avec d’éventuelles violations de la loi concernant le soumissionnement du (…) LIBOR. (…) En conséquence de ces garanties conditionnelles, nous ne serons soumis à aucune poursuite, amende ou sanction pour violation des lois antitrust en lien avec les éléments que nous avons rapportés à ces autorités, sous réserve de notre coopération permanente. »

    La coopération offerte vise autant à éviter les poursuites qu'à faire la vérité. Mon grand père avait décidément raison quand il nous disait " c'est toujours le plus malin qui attrape l’autre! " Que l'on soit petite fille, petit garçon ou grand banquier !