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  • Vote électronique et bug démocratique

     

    "... il est techniquement impossible aujourd'hui de retrouver le second choix exprimé. C'est pourquoi la cellule élections du SPF Intérieur demande aux bureaux concernés d'annuler ces votes." Voilà, dans les mots utilisés par la RTBF, l’aboutissement inévitable de tout système qui remet son destin dans les mains de la technologie quel que soit son degré de sophistication.

    Et si Bernard Clerfayt a raison quand il dit : «C’est un bug démocratique» , il va sans doute un peu vite en besogne quand il conclut sa réflexion en constatant : " En Flandre où dans les communes bruxelloises qui utilisaient le système avec ticket, tout s’est bien déroulé. Ailleurs, le problème provient plutôt du fait que le ministère n’ait pas jugé bon d’investir dans des logiciels modernes ».

    Le crayon ou l'ordinateur permettent tous deux au citoyen d'exprimer son vote mais le problème n'est pas celui de l'expression de la volonté citoyenne. Il est celui de la vérification et de la certification citoyenne de la validité de cette expression y compris la possibilité d'introduire et d'examiner des recours éventuels.

    Ce qui doit nous préoccuper, c'est que l’impossibilité technique invoquée par le SPF Intérieur peut bien sûr disparaitre grâce aux logiciels modernes. En faisant en sorte que toute incohérence – pour reprendre le terme du communiqué du SPF Intérieur de dimanche soir – disparaisse dans les résultats produits par le programme de dépouillement. Car c'est au niveau du logiciel bien plus qu'au niveau des machines que la possibilité de voir le citoyen disparaitre derrière le professionnel est grande. En informatique, tout est possible disent ceux qui en vivent.

    L'association Pour EVA dénonce depuis longtemps l'insuffisance de contrôle citoyen sur le système de vote électronique et sur le dépouillement par ordinateur. Elle a donc raison. La présence et le contrôle citoyen de toutes les étapes du processus électoral – vote, dépouillement, décompte final et procès-verbal- est à la garantie de la démocratie, ce que la Cours d’Assises est à la garantie de la justice. Des hommes, faillibles sans aucun doute, mais qui ensemble, participent à l'avènement de l'humanité.

    Et ce ne sont pas les assurances de Jean-Jacques Quisquater, professeur à l'UCL et décrit comme «père» du vote électronique sur la Première ou sur lavenir.net qui changeront notre point de vue. Parce qu'il ne faut jamais oublier l'avertissement terrible donné par les faits eux-mêmes en début d'année.

    "Le Belge Jean-Jacques Quisquater, professeur à l'UCL et expert internationalement reconnu de la protection des données, a été espionné via l'installation d'un logiciel pirate", rapporte lalibre.be du 1er février 2014 qui poursuit " C'est en enquêtant sur le piratage massif qui a affecté des clients de Belgacom, dévoilé l'année passée, que les policiers ont découvert qu'un logiciel malveillant avait été installé sur l'ordinateur de cet expert en cryptographie informatique. Ce logiciel a espionné pendant des mois le contenu de l'ordinateur du spécialiste et Jean-Jacques Quisquater a donc livré à son insu des milliers d'informations sur la manière dont les entreprises se protègent contre les pirates informatiques."

    Si d'éminents spécialistes sont ainsi victimes des machines les plus sophistiquées, ne devient-il pas urgent d'éviter les menaces qu'elles représentent pour le citoyen moyen en refusant d'y recourir quand existent des alternatives praticables ?

    La Bourse serait-elle ce qu'elle est si les ordinateurs n'y remplaçaient pas les hommes ?