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  • Leurre électoral : un bel exemple lors des élections du 25 mai

     

    "Le président du MR Charles Michel l’a annoncé hier après-midi dans un communiqué: il a pris sa décision dans le délicat problème de cumul qui concernait la députée wallonne et échevine namuroise Anne Barzin" peut-on lire sur le site de lavenir.net sous la plume de Jean-François Pacco. L'existence de " leurres électoraux " à l’œuvre dans nos démocraties dont je parlais récemment à la suite des analyses de Paul Krugman trouve ici une belle démonstration. Les personnes et leur nom doivent ici passer au second plan : seul le processus qui enferme leurs comportements dans un cadre inéluctable doit retenir l'attention ... et être médité.

    Anne Barzin, membre du Parlement wallon qui en avait ainsi décidé, savait très bien qu'elle courrait le risque de devoir abandonner son mandat d'échevine à la Ville de Namur si les citoyens la choisissaient pour les représenter au Parlement wallon. Les exigences du système l'ont néanmoins amenée à se porter candidat pour un mandat que très vraisemblablement elle ne pourrait pas exercer.

    La victoire électorale du parti étant plus importante que tout autre chose, la voilà donc qui entre résolument en campagne : " Le 25 mai, vous élirez vos représentants au sein du Parlement wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Députée wallonne depuis 2007, je souhaiterais poursuivre mon engagement au service des habitants de notre Région. Avec les candidats de la liste que je mène sur l'arrondissement de Namur, je défends le projet ambitieux du MR pour le développement de la Wallonie. … Je reste à votre écoute et vous remercie, dès à présent, de la confiance que vous voudrez bien m’accorder le 25 mai prochain. " peut-on lire aujourd'hui encore sur son site à la rubrique " Elections 2014 ".

    Le soir des élections, son parti obtient deux élus et améliore son score électoral de 0,79% . Anne Barzin est donc bien élue : 31.601 citoyens lui font confiance pour les représenter : 19.187 en votant en tête de la liste MR qu'elle conduisait et 12.414 en votant nominativement pour elle. Mais elle ne siégera pas au Parlement wallon.

    Car, comme nous le confirme l'article de Pacco, " Anne Barzin ... n’avait pas envie de renoncer à sa fonction à la Ville de Namur " et " ses années de présence fidèle dans le parti, proche de Charles Michel, et ses beaux scores ... la mettaient en position pour réclamer une solution qui lui convienne." Anne Barzin occupera in fine le siège de Sénateur coopté auquel le MR peut prétendre au vu des résultats qu'il a obtenus au plan fédéral, élection à laquelle elle n'était pas candidate.

    Ainsi, la volonté et les intérêts du parti passent avant la volonté et les intérêts exprimés par 31.601 citoyens. Anne Barzin n'était qu'un leurre électoral.

     

  • Représentant ou apparatchik : les élus devront un jour choisir ...

    " La cause était radicale, mais les gens qu’elle a recrutés se sont avérés être, de plus en plus, des apparatchiks, des gens motivés surtout par leur carrière plutôt que par leurs convictions.". Voilà reprise sur le site de la RTBF, la constatation que fait Paul Krugman dans la chronique qu'il consacre à la surprenante défaite subie ce 10 juin par Eric Cantor à la primaire du Parti républicain en vue des élections de novembre 2014 dans la 7ième circonscription de Virginie.

    Quand on regarde comment le poids des appareils a pesé au Parlement wallon, tant sur les travaux de la Commission de vérification des pouvoirs que sur le vote intervenu en Séance publique, on doit se demander si cette constatation ne doit pas s'étendre bien au delà du mouvement républicain aux EUA. Et ce qui se passe à l'UMP en France en élargit encore le champ d'application.

    L'attitude générale de la presse et des médias en la matière est un signe supplémentaire de l'existence de ce que le Prix Nobel d'économie appelle des "ensembles d’institutions et d’alliances intimement liées qui permettent de gagner des élections en jouant sur les peurs mais qui – je généralise ici l’analyse de Krugman -, utilisent leurs victoires pour faire passer des programmes personnels, tout en développant pour leurs fidèles, un réseau de soutien au plan politique et idéologique.

    Un incident récent rapporté sur le site levif.be montre bien que dans l'arène politique, la communication a pris le pas sur la réalité, les mots ont pris le pas sur les choses. Le tagage de l’inscription "NEGERS !" sur la façade du journaliste de la VRT Peter Verlinden, qui est le mari d'une "femme noire" et le papa d’une "fille brune", a amené celui-ci à souligner "le silence assourdissant qui a suivi de la part de pratiquement tous les politiques flamands et les mass media" la déclaration de Filip De Winter, un des leaders du Vlaams Belang en pleine campagne électorale "Le problème n’est pas le vieillissement, mais le brunissement !". Il demande donc à la N-VA, à laquelle la majorité des électeurs du Vlaams Belang aurait, selon lui, décidé de faire confiance, de s'exprimer en toute clarté sur le racisme. C'est sur le site web du quotidien De Standaard que Liesbeth Homans réagit. Après avoir dit son horreur sur ce qui s'était passé, elle indique clairement qu'en aucune manière, ces nouveaux électeurs,si leur existence en confirmée par l'analyse des résultats, ne changeront ni le style de communication ni l'image de la société propres à la N-VA. Quant au silence de la N-VA face aux provocations racistes du Vlaams Belang pendant la campagne, il doit être considéré comme un choix stratégique et en aucun cas, comme un assentiment tacite. La N-VA est fière, si son attitude a ainsi pu contribuer à l'effondrement du discours politique raciste.

    Style de communication, image de la société, choix stratégique, discours politique : la théorie de la communication efface progressivement les vécus quotidiens et les élus du peuple s'effacent progressivement pour servir l'image qui assure le pouvoir de ceux qu'ils servent ... parfois sans le savoir ...

    "En rejetant Cantor, la base républicaine a montré qu’elle avait dépassé les leurres électoraux" écrit Krugman. Quand les leurres électoraux cesseront-ils d'éblouir tant d'hommes et de femmes en quête d'existence?

     

     

     

     

     

     

     

  • Les citoyens flamands eux-aussi sous tutelle à Bruxelles ?

     

    On a appris hier que commençaient les négociations entre PS, FDF, cdH, Open Vld, sp.a et CD&V pour former le gouvernement bruxellois.

    On doit pourtant ne pas oublier que l'annonce de négociations entre le PS, le cdH et le FDF en vue de constituer la partie francophone du nouveau gouvernement bruxellois avait immédiatement amené Wouter Beke, président du CD&V et de Gwendolyn Rutten, présidente des libéraux flamands à exprimer dans un communiqué les "sérieuses difficultés qu'éprouvait leur parti avec une participation gouvernementale du FDF côté francophone" . Difficultés à ce point sérieuses, que le même communiqué précisait : "L’Open Vld et le CD&V refusent de répondre à l'invitation des partis francophones bruxellois d'entamer des négociations". Cette réaction est parmi toutes les péripéties qui émaillent les contacts en vue de trouver des majorités, est une des plus, sinon la plus importante, pour mesurer l'état réel de la situation politique en Belgique.

    Cette intervention des état-majors des partis flamands dans la composition de l'aile francophone du gouvernement est en effet de nature à nous ouvrir les yeux et à nous faire voir que la Flandre n'a pas encore mis un point final à l’histoire qu'elle veut écrire.

    Ceux qui avaient bien mesuré le rapport de force avaient déjà compris que, malgré l'article 3 de la Constitution qui confirme l'existence de la Région wallonne, de la Région flamande et de la Région bruxelloise, la Flandre ne permettrait jamais une région bruxelloise gérée démocratiquement par les citoyens qui l'habitent. Mais on avait tout de même pensé que la loi spéciale du 12 janvier 1989 qui organise la double majorité dans les institutions de la Région bruxelloise garantissait l'autonomie des deux groupes linguistiques du Conseil régional. Et bien, non.

    Nous savons maintenant qu'il sera bien difficile pour les flamands de Bruxelles de prendre en main leur destin en Région bruxelloise. Ils ne peuvent aller que dans la direction qui convient aux flamands de la Région flamande. Il en ira de même tant que nous accepterons que le droit du plus fort est toujours le meilleur.

     

  • A gauche, les listes néerlandophones gagnent tandis que les francophones perdent

     Les résultats des listes pour la Chambre exprimés en pourcentage obtenus en 2010 et 2014 sont repris dans le tableau ci-dessous. Ils indiquent clairement que la droite est en progrès dans le bloc francophones et en déclin chez les néerlandophones. Même lorsque toutes les voix CD&V sont imputées à la Droite – ce que contesterait à juste titre l'ACW - , la Gauche reste en progrès parmi les néerlandophones.

     

     

    Listes

    2014

    2010

    + / -

     

     

     

     

    Néerlandophones

     

     

     

    Groen

    5,32

    4,38

     

    sp.a

    8,83

    9,24

     

    PVDA+

    1,75

    0,81

     

     

     

     

     

    Total GAUCHES

    15,90

     + 1,47

    14,43

     

     

     

     

     

    Vlaams Belang

    3,67

    7,76

     

    OpenVld

    9,78

    8,64

     

    Lijst Dedecker

    0,42

    2,31

     

    N-VA

    20,26

    17,4

     

     

     

     

     

    Total DROITES

    34,13

    -1,98

    36,11

     

     

     

     

     

    Francophones

     

     

     

    Ecolo

    3,30

    4,80

     

    PS

    11,67

    13,70

     

    PTB-GO !

    1,97

    0,60

     

     

     

     

     

    Total GAUCHES

    16,94

    - 2,16

    19,10

     

     

     

     

     

    MR

    9,64

    9,28

     

    FDF

    1,80

    -

     

    Parti Populaire

    1,52

    1,29

     

     

     

     

     

    Total DROITES

    12,96

    + 2,49

    10,47

     

     

       N'est-il pas temps dès lors de sortir des schémas qui identifient la Wallonie au socialisme attardé et la Flandre au libéralisme progressiste ?

  • Le Vlaamse Volksbeweging, la démocratie et les médias.

     

    «Un coup d’œil rapide sur les résultats des dernières élections suffit à démontrer que chaque voix n’a pas le même poids. Ainsi, la Flandre qui livre 63% des voix, n’a droit qu’à 58% des sièges à la Chambre. Les électeurs wallons représentent 33% mais ont quant à eux droit à 43% des sièges. Cette arithmétique prouve que le système électoral belge est défavorable aux Flamands alors qu’ils sont majoritaires» conclut Bart De Valck, président du Vlaamse Volksbeweging.

    C'est ce que rapportent divers médias comme l'avenir.net ou RTL.be, qui rendent compte de l'action organisée par ce mouvement nationaliste flamand aux alentours du Parlement fédéral jeudi dernier pour dénoncer le déficit démocratique dont souffre à ses yeux, le système électoral belge en ne respectant pas le poids de voix flamandes pour répartir les sièges de député à la Chambre.

    «Chaque personne a logiquement droit à une voix et chaque voix doit avoir le même poids électoral. » constate le Président du VVB. Mais le déficit démocratique est bien plus flagrant encore quand on passe à un rapide coup d’œil rapide sur les résultats des dernières élections au Parlement de la Région Bruxelles-Capitale.

    Ne prenons qu'un exemple, celui de la famille libérale dans ce Parlement. Elle se voit attribuer 23 sièges pour les 108.535 suffrages qu'elles a obtenus. Open Vld en reçoit 5 soit 21,24% alors que ses 14.292 voix ne représentent que 13.17% du total des voix libérales. Le MR lui, pour qui ont pourtant voté 94.243 citoyens soit 86,83 % de l’ensemble, n'obtient que 18 sièges soit seulement 78,76 % des sièges libéraux.

    On voit donc qu'un siège Open Vld coûte 2858,50 voix alors qu'il en faut 5.235,72 au MR pour en obtenir 1. Oui, il faut 1,831 voix donnée au MR pour obtenir l'effet d'une voix donnée à Open Vld.

    Si nous revenons sur cette information, c'est pour souligner combien l'attrait d'être le premier à publier la petite phrase qui va faire mouche, amène nos médias à diffuser sans analyse ni réflexion tout évènement soit ténu soit-il, qui est de nature à entretenir ou renforcer le script du spectacle médiatico-politique qui tend à masquer les dures réalités de la vie quotidienne. On eût aimé que les propos du VVB eussent été remis en perspective pour rappeler que le nombre n'est pas le cœur de la démocratie.

    Oui, on doit se demander si le journalisme n'est pas progressivement plus au service du Journal qu'au service des lecteurs qui cherchent à s'informer. La communication ne doit pas prendre le pas sur l'information.