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Argent

  • Médias,argent et démocratie : "Je veux ce joooooob!"

     

    Madame Céline Frémault, ministre de l’Économie et de l’Emploi, a répondu hier à la lettre ouverte de RTBF89 qui l’interpellait sur la part prise par Actiris dans la préparation d'une nouvelle émission sur l'emploi, projet de la RTBF en vue d'aider les demandeurs d'emploi à "trouver le job idéal et ce, en seulement une semaine."

    Revenir sur l'émotion sociale suscitée par ce projet qui en quelque 24 heures, a conduit ses promoteurs à le suspendre momentanément serait sans doute éclairant mais il me parait plus urgent de dire combien on reste sur sa faim en lisant cette réponse.

    Car si elle peut sans nul doute figurer comme modèle dans les manuels qui façonnent les professeurs de gestion de la communication politique, elle ne nous entend pas quand nous lui disons que " nous sommes nombreux à vivre, impuissants, tous ces petits renoncements quotidiens, tous ces estompements de la norme qui repoussent chaque jour un peu plus loin les limites de ce qui est admissible, acceptable, possible... jusqu'à devenir normal, habituel, banal. ... Comment en est-on arrivés là ? Telle est notre principale interrogation. "

    Oui, il faut dépasser l'épisode RTBF-Actiris-Ebuco pour interroger cette course collective à l'argent qui, sous des justifications plus ou moins brillantes, s'impose de plus en plus comme la seule voie de salut pour l'humanité. Un monde où on a " la chance d'être entouré de coaches, prêts à tout pour bouleverser [son] destin" -pour reprendre le texte l'appel à candidature de cette émission- donne froid dans le dos. On se souvient d'un führer prêt à tout pour assurer le destin de son peuple ...

     

  • Jérôme Cahuzac et Fernande Broca

     

    Fernande Broca retraitée de 76 ans, a été retrouvée morte jeudi dernier dans son appartement à Toulouse. Selon la police, "le relevé de la boîte aux lettres et les autres éléments recueillis sur place indiquent que la vieille dame aurait rendu son dernier souffle dix-huit mois plus tôt, peut-être même trois ans." Tels sont rapidement résumés, les faits de société rapportés notamment dans ladepeche.fr et dans liberation.fr.

    Face au mensonge de Jérôme Cahuzac, la mort de Fernande Broca a manifestement bien peu pesé dans l'orchestration médiatique de la vie quotidienne en France. Pourtant, cette mort, plus peut-être encore que la faute d'un ministre, met devant nos yeux une logique nouvelle désormais nécessaire pour expliciter la vie dans notre société.

    En effet, si c'est bien un squelette qu'on a trouvé en entrant dans son appartement, Madame Broca était toujours bien vivante dans les rouages de la machine à exister que nous avons progressivement mise en place.

    Si l'agence de location qui cherchait à entrer en contact avec elle - peut-on penser qu'il devenait temps d'adapter le montant de son loyer ? - n'avait pas alerté la police, les revenus de la vielle dame continueraient d'arriver par virement sur son compte, "sur lequel étaient prélevées automatiquement ses factures" suivant liberation.fr. Et le voisin qui trouvait l'immeuble très calme continuerait à penser "qu'elle était partie" en voyant s'accumuler les avis de passage de relevé d'électricité, comme il l'a déclaré à ladepeche.fr.

    Bien plus qu'un drame de la solitude, la mort de Madame Broca signe donc l'avènement d'un monde où l'argent devient "la Voie, la Vérité et la Vie" et où l'humanisme s'efface progressivement devant les exigences imposées par les apôtres convertis au nouveau Maitre. L'ouverture sur des possibles que permettait la confrontation des idéalismes en quête d'humanité fait place progressivement à l'enfermement dans des nécessaires engendrés par la soumission consensuelle au réalisme en quête d’efficacité et de rentabilité. L'affaire Cahuzac n'est qu'une illustration de ce que Fernande Broca nous a appris ...

     

     

     

  • Taylor -Montebourg : la question s'éclaire !

     

    Les propos contenus dans la lettre adressée par Maurice M. Taylor Jr, PDG du groupe Titan international, à Arnaud Montebourg, Ministre du Redressement productif en France ne laisse pratiquement personne indifférent. Le Nouvel Observateur en ligne reléve par exemple dans sa mise à jours de ce jeudi après-midi que Laurence Parisot, trouve cette lettre "choquante" et "inacceptable", que Valérie Pécresse, la juge "brutale, caricaturale" tandis qu'elle apparait "insultante, violente, arrogante" aux yeux de François Bayrou et " pour le moins surprenante, agressive et discourtoise" à ceux de Najat Vallaud-Belkacem.

    Le texte de cette lettre, heureusement mis à la disposition de tous par LesEchos.fr, comporte pourtant un passage qui à ma connaissance a peu retenu l'attention dans les commentaires. " Titan est celui qui détient l'argent et le savoir-faire pour produire des pneus. Que détient le syndicat? " Voila me semble-t-il, ce à partir de quoi s'organise et se fonde le raisonnement du PDG américain. Car, lorsqu’on l'interroge le lendemain sur la portée réelle de son attitude, il y revient plus concrètement encore : c'est "une lettre qui n'est pas une lettre toute rose, [ce]n'est pas une lettre à ma petite amie, on parle d'affaires. Nous sommes ceux qui avons le carnet de chèques et vous nous dites que nous devons d'abord rencontrer les syndicats ? [...]. Vous êtes dingues ..."

    Dans le monde organisé par la logique de l'argent dont nous parlions hier, Taylor a parfaitement raison: il faudrait être vraiment fou pour ne pas"acheter un fabricant de pneus chinois ou indien [et] payer moins de 1 euro l'heure de salaire comme il serait sans doute vraiment fou pour Arcelor d'accepter de vendre les outils qi'il a décidé de fermer pour réduire les quantités présentes sur le marché.

    Le problème, c'est que dans ce monde-là, on ne vit pas, Monsieur, on compte ... on compte même sans compter. En essayant d'oublier que tous les calculs débouchent toujours sur l'égalité parfaite que la mort établit entre ceux qui avaient les chèques et les dingues qui voulaient discuter.

    Pourtant, cette égalité devrait nous aider à considérer que l'interrogation majeure à laquelle hommes et peuples d'aujourd'hui sont confrontés se situe au niveau de la logique qui servira de base au monde des hommes de demain.

     

  • Bœuf au cheval ou chocolat à l'huile de palme ? Non, l'argent, rien que l'argent...

     "Il faut savoir que tuer un cheval impropre à la consommation coûtera une centaine d'euros à l'éleveur. Le revendre à un abattoir rapporte entre 600 et 800 euros" ! Voilà ce qu'indique un connaisseur du milieu équestre au magazine Moustique dont la RTBF reprend hier soir les résultats de l'enquête.

     Jeudi dernier, l'avenir.net nous apprenait que le gérant d'un café soufflé par une explosion à la fin de la nuit, avait été intercepté par la police et qu'il avait finalement reconnu avoir mis le feu à son café. Selon la même source, "avec l'aide de complices, il aurait tenté de mettre sur pied une escroquerie à l'assurance".

     Et mercredi dernier, c'est lanouvellegazette.be qui attirait l'attention sur une étudiante liégeoise et deux de ses amies qui répondaient ce jour-là devant le tribunal correctionnel de Liège de différents faits de vols. L'étudiante avait obtenu un job de caissière dans un grand magasin de la région et elle "oubliait" de scanner certains des objets que ses amies emportaient après avoir payé seulement ceux qui avaient été enregistrés. Elles étaient finalement arrivées à sortir du magasin des biens pour une valeur totale de 32.000 euros …

     Ainsi, petit à petit, en devenant le moteur de nos existences, l'argent interroge le projet d'une civilisation qui avait fait de l'avènement de l'homme, la racine de son développement.

     Ce qui se passe actuellement à propos de la viande de cheval présente dans la viande de bœuf procède, à une autre échelle, de la même dynamique. Après Findus, voici Picard, Coop, Nestlé, Lidl et bien d'autres qui, par soucis du consommateur disent-ils, retirent de la vente la plupart des produits de ce type.

     Et ce ne sont pas les grands cris que poussent les autorités européennes face aux produits frauduleusement étiquetés qui doivent nous rassurer sans autre forme de procès. On doit toujours se rappeler en effet la "Directive 2000/36/CE du Parlement européen et du Conseil, du 23 juin 2000, relative aux produits de cacao et de chocolat destinés à l'alimentation humaine".

     C'est le fameux document qui ouvre la possibilité d'utiliser dans certaines limites, des matières grasses végétales autres que le beurre de cacao, -notamment l'huile de palme- pour fabriquer des produits dont la dénomination légale restera "chocolat"ou "cacao" ! Il suffit pour cela que l’étiquetage des produits ainsi obtenus présente la mention «contient des matières grasses végétales en plus du beurre de cacao» !

     Si la logique de l'argent continue à organiser le monde, il ne faut pas exclure qu'un jour on nous offre des lasagnes avec la mention " contient du cheval en plus de la viande de bœuf"! C'est désormais l'étiquette qui fera le produit!

     Car, comme nous le rappelle Jean-Claude Guillebaud à la page 44 du livre qu'il a publié en 2011 aux Éditions des Arènes sous le titre "La Vie Vivante", "quand le signe tend à l'emporter sur la réalité, quand un reflet simplifié, mesurable et traçable entre en compétition avec l'ancienne complexité de la matière, tout ce qui «se compte» tend à prévaloir sur «ce qui compte»".

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • L'argent pour le professionnel, la médaille d'argent pour l'amateur

     

    Depuis le retour en Belgique des athlètes qui nous ont représentés à Londres, on discute beaucoup sur les moyens à mettre en œuvre pour accroître la moisson de médailles belges à Rio en 2016.

    Ceux qui ont lu le "Bilan de la politique sportive belge" que Thierry Zintz publie sur lalibre.be au lendemain des jeux, auront sans doute trouvé ses propositions bien étranges quand on les compare aux déclaration faites par Lionel Cox au moment où il venait d’apporter à la Belgique la première et finalement la seule médaille d'argent obtenue par notre pays en 2012.

    Pour Thierry Zintz " une vision, une définition de missions et d’objectifs crédibles, un plan financier auquel adosser la stratégie et une perspective pluriannuelle sont les ingrédients de base d’une politique sportive susceptible de nous apporter les satisfactions souhaitées." C'est " la réunion ... des talents sportifs, des meilleurs entraîneurs, des scientifiques les plus performants et de dirigeants formés et visionnaires [qui] nous fera progresser. " C'est pourquoi " Nos ministres doivent s’entourer d’experts en préparation sportive, en physiologie et psychologie de l’effort, en technologie, en management. Ils existent dans notre pays et ne demandent qu’à être sollicités."

    Au delà de cet offre de service à peine voilée, Zintz tient pour quantité négligeable ce que Cox tient pour essentiel dans son interview à la presse après sa performance : " On fait comme on peut… Je ne pratique pas ce sport pour l’argent – il me coûte bien plus qu’il ne me rapporte – mais bien pour la passion !" Car la passion est peut-être aussi " efficace " que la physiologie et la psychologie de l’effort pour aider à progresser. " je fais partie d’un petit club, à Amay, d’une centaine de membres à peine et parfois, notre sport est décrié et critiqué. " Car l'amitié et la solidarité d'autres passionnés qui font bloc pour le projet qu'ils partagent peuvent dynamiser autant que l'apport des experts en technologie et en management. En résumé, "On fait ce pour quoi on est doué.Je pense que cette médaille va donner de l'espoir à beaucoup de jeunes. Si les gens se disent qu’ils peuvent arriver aux JO en suivant mon exemple et que finalement, le tir c’est un beau sport, tant mieux !"

    Si je l'ai fait, tout le monde peut le faire ". Cette affirmation du champion a servi de titre à bien des articles consacrés à la médaille d'argent de Cox. Basée sur l'expérience qu'il a vécue, elle interroge l'analyse du professeur ZINTZ et nuance le diagnostic de Pierre-Olivier Beckers, qui déclarait dans son premier bilan des jeux de LondresLe challenge, ce n’est pas le talent. Il existe dans notre pays. Les jeunes ont un potentiel extraordinaire. Le challenge, ce sont les moyens financiers. " Pour ce président du Comité Olympique et Interfédéral belge, "  Sans cela, il est impossible de faire de meilleurs résultats et de décrocher plus de médailles ".

    Si c'est sur le conseil des instances sportives COIB, Adeps et Fédération, que Lionel Cox a décidé d’abandonner le tir à 300 m pour une discipline olympique ; si la Communauté française intervient bien dans ses frais et si c'est le COIB qui, tenant compte de sa progression constante depuis plus d'un an, l'a repêché pour participer au jeu de Londres, c'est avant tout Lionel Cox qui pratique son sport en amateur, qui prend le train matin et soir pour se rendre à son travail, qui affûte sa condition avec la course à pied surtout, en s'entraînant entre 5 et 10 heures par semaine en hiver,- ce qui n’est rien du tout par rapport aux pros - et qui remercie son employeur de l'avoir dispensé de service durant 30 jours pour lui permettre de participer aux J.O.

    Même si Thierry Zintz est professeur et membre du Research Institute of the Louvain School of Management de l'Université catholique de Louvain et titulaire de la Chaire olympique en management des organisations sportives à Faculté des sciences de la motricité de la même université, il faut plaider pour que l'analyse de Lionel Cox soit elle-aussi entendue par nos ministres.

    Car pendant que le professeur parle de médaille, l'amateur en gagne une sans faire de bruit... Dans la vie réelle, la passion reste le moteur premier des vivants. L'intelligence vient seulement pour réaliser ce que le cœur a décidé.