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Atomes d'hominescence

  • Les coming out de l'Homme Nouveau

     

    " Il y a là un chemin à parcourir " écrivions-nous l'autre soir. Nous reprenoins la méditation du pape François à Yad Vashem face aux explosions de violence qui nous avaient interrogés ces jours derniers.

    Et voilà qu'en suivant l'actualité ensanglantée en Cisjordanie et à Gaza sur le site du Times of Israël en français, on rencontre à la rubrique " Ops & Blogs ",l'un ou l'autre vivant qui a choisi ce chemin. Qui veut dépasser la méditation et apporter en personne sa propre contribution au prix à payer pour sortir des contradictions qui étouffent toute humanité.

    Il y a la revendication de Nadia Ellis : " ... les humains c’est nous. Nous! Nous qui demandons à ce que l’armée en détruise encore et encore des maisons palestiniennes, et qui regardons à la télé le feu démembrer leurs appartements comme autrefois on regardait les flammes engloutir les sorcières.

    Nous prétendons être les seuls porteurs d’humanité alors même que l’on déclare, fiers de notre Judéité qui selon nos sages se résume dans l’amour du prochain, que nous sommes tellement meilleurs qu’eux. Car le racisme, quand il vient de nous, est tout à fait humain.

    ... En fait, je ne voulais pas voir ce que la plupart des Juifs s’attribuent, tout en le niant aux autres: notre humanité. Mais l’humanité, c’est ce qui nous rend faillibles, pas ce qui nous rend parfaits.

     

    Il y a aussi les questions de Nora De PazQue vont nos enfants devenir s’ils nous voient rire de la mort ? "... Quand nous arrêterons nous ? Et son diagnostic si lucide :

    " Notre Dieu, Seul et Unique, s’est divisé bien malgré Lui.

    Il y a désormais le Dieu des Musulmans, celui des Juifs, et celui des Chrétiens.

    Et c’est au combat des Dieux que nous assistons, tout-puissants de nos haines et de nos vengeances, tout-puissants de rage et de violence.

    Car plus personne n’a raison. Plus personne n’a de raison....

    Il n’y a que des victimes.

    Et la peur à chaque coin de rue.

    Et nous sommes les coupables. Et vous êtes coupables. « Et ils sont tous coupables »!

    Nous avons perdu la tête , le cœur et l’âme.

    Nous nous entredéchirerons ce qu’il reste de nos corps pour être à nouveaux frères.

    Nous boirons leur sang et eux le notre.

    Le monde restera les yeux ouverts et les oreilles éteintes.

    Nous regarderons nos enfants mourir en souriant. "

     

    Il y a encore le sursaut de dignité de Noémie Benchimol qui s''insurge contre le " boucan que fait l’opinion lorsque la pensée complexe a déserté les échanges" et contre le " bruit abrutissant des simplifications lorsqu’elles sont grimées des oripeaux du Bien et du Mal."

    Elle veut " redire des choses que l’on croyait acquises à tout jamais : que la morale des États et des armées est une chose, que la dignité morale privée en est une autre. Que la morale juive est une morale humaniste et universaliste, pas une idéologie raciste fondée sur la supériorité du juif sur le non-juif ". Elle veut "prendre acte et de s’attrister sur le fait que des civils innocents sont morts à Gaza, peut-être pas par la faute d’Israël, en tous cas de ses mains." ,c'est elle qui souligne ces mots si chargés de densité humaine.

     

    Oui, il faut aller lire ces trois femmes et faire connaitre ce qu'elles ont écrit. Il faut célébrer ces trois gestes d'espérance en la Vie. Ils paraphrasent et font résonner comme des trompettes, ce qu'écrivait Michel SERRES aux pages 74 et 75 de " Rameaux " paru aux Éditions le Pommier en 2004.

     

     

    Les pères sacrifient les fils sur l'autel de la bête collective. ... ... le temps et l'histoire ont usé jusqu'à la corde notre vieil instrument juridique, politique et rituel de limitation de la violence, la guerre, devenue inefficace, interminable, hors de prix et contre-productive : plus sage que ses décideurs restés intégristes, l'opinion mondiale -saluons la récente naissance de ce sujet universel – voue aux gémonies le vainqueur plus que le vaincu, rangé parmi les victimes. Âge de la victime ou ère du Fils. Nous vivons aujourd'hui la mort de la guerre. "

     

     

     

  • Vote électronique et bug démocratique

     

    "... il est techniquement impossible aujourd'hui de retrouver le second choix exprimé. C'est pourquoi la cellule élections du SPF Intérieur demande aux bureaux concernés d'annuler ces votes." Voilà, dans les mots utilisés par la RTBF, l’aboutissement inévitable de tout système qui remet son destin dans les mains de la technologie quel que soit son degré de sophistication.

    Et si Bernard Clerfayt a raison quand il dit : «C’est un bug démocratique» , il va sans doute un peu vite en besogne quand il conclut sa réflexion en constatant : " En Flandre où dans les communes bruxelloises qui utilisaient le système avec ticket, tout s’est bien déroulé. Ailleurs, le problème provient plutôt du fait que le ministère n’ait pas jugé bon d’investir dans des logiciels modernes ».

    Le crayon ou l'ordinateur permettent tous deux au citoyen d'exprimer son vote mais le problème n'est pas celui de l'expression de la volonté citoyenne. Il est celui de la vérification et de la certification citoyenne de la validité de cette expression y compris la possibilité d'introduire et d'examiner des recours éventuels.

    Ce qui doit nous préoccuper, c'est que l’impossibilité technique invoquée par le SPF Intérieur peut bien sûr disparaitre grâce aux logiciels modernes. En faisant en sorte que toute incohérence – pour reprendre le terme du communiqué du SPF Intérieur de dimanche soir – disparaisse dans les résultats produits par le programme de dépouillement. Car c'est au niveau du logiciel bien plus qu'au niveau des machines que la possibilité de voir le citoyen disparaitre derrière le professionnel est grande. En informatique, tout est possible disent ceux qui en vivent.

    L'association Pour EVA dénonce depuis longtemps l'insuffisance de contrôle citoyen sur le système de vote électronique et sur le dépouillement par ordinateur. Elle a donc raison. La présence et le contrôle citoyen de toutes les étapes du processus électoral – vote, dépouillement, décompte final et procès-verbal- est à la garantie de la démocratie, ce que la Cours d’Assises est à la garantie de la justice. Des hommes, faillibles sans aucun doute, mais qui ensemble, participent à l'avènement de l'humanité.

    Et ce ne sont pas les assurances de Jean-Jacques Quisquater, professeur à l'UCL et décrit comme «père» du vote électronique sur la Première ou sur lavenir.net qui changeront notre point de vue. Parce qu'il ne faut jamais oublier l'avertissement terrible donné par les faits eux-mêmes en début d'année.

    "Le Belge Jean-Jacques Quisquater, professeur à l'UCL et expert internationalement reconnu de la protection des données, a été espionné via l'installation d'un logiciel pirate", rapporte lalibre.be du 1er février 2014 qui poursuit " C'est en enquêtant sur le piratage massif qui a affecté des clients de Belgacom, dévoilé l'année passée, que les policiers ont découvert qu'un logiciel malveillant avait été installé sur l'ordinateur de cet expert en cryptographie informatique. Ce logiciel a espionné pendant des mois le contenu de l'ordinateur du spécialiste et Jean-Jacques Quisquater a donc livré à son insu des milliers d'informations sur la manière dont les entreprises se protègent contre les pirates informatiques."

    Si d'éminents spécialistes sont ainsi victimes des machines les plus sophistiquées, ne devient-il pas urgent d'éviter les menaces qu'elles représentent pour le citoyen moyen en refusant d'y recourir quand existent des alternatives praticables ?

    La Bourse serait-elle ce qu'elle est si les ordinateurs n'y remplaçaient pas les hommes ?

     



     

  • Vieux pape et nouvel Âge ?

     

    "Notre génération se révèlera à la hauteur de la promesse qui est en chaque jeune

    - quand elle saura lui offrir un espace et lui assurer les conditions matérielles et spirituelles nécessaires à son épanouissement

    - quand elle saura lui donner de solides fondements sur lesquels il puisse construire sa vie et lui garantir la sécurité et l’éducation afin qu’il devienne ce qu’il peut être

    - quand elle saura lui transmettre des valeurs enracinées pour lesquelles il vaille la peine de vivre et lui assurer un horizon transcendant pour apaiser sa soif de bonheur authentique et sa créativité dans le bien

    - et quand elle saura lui confier en héritage un monde qui corresponde à la mesure de la vie humaine et réveiller en lui les meilleures potentialités pour être protagoniste de son lendemain et coresponsable du destin de tous."

    Ce texte me paraît riche d'hominescence. En célébrant la promesse qui habite chaque jeune, il esquisse ce que pourrait être un accueil des nouvelles générations digne de ce que notre propre vie et celle des générations passées nous ont appris. Car c'est bien le monde que nous rendons vrai par nos choix quotidiens qui ouvre ou ferme l'horizon des possibles pour les hommes et le femmes de demain.

    Mais pour penser ainsi, il faut suivre le pape François, qui a tenu ce discours à son arrivée à Rio de Janeiro ce lundi soir lors de la cérémonie de bienvenue pour les JMJ. " La jeunesse est la fenêtre à travers laquelle l’avenir entre dans le monde." Autre jalon d'hominescence proposé par le même ce soir-là.

  • Église en marche : sanctionner ou prendre des risques ?

     L'attrait médiatique des faux-pas des évêques a encore frappé. Sous le titre "Un prêtre élu du PTB brave son évêque" le site de lalibre.be, évoquait hier la possibilité de voir Mgr Patrick Hoogmartens, évêque de Hasselt, contraint de suspendre l’abbé Georges Houtmeyers.

     C'est que ce prêtre-ouvrier qui exerce le métier de chauffeur de bus pour des enfants fréquentant l’enseignement spécial a été élu conseiller communal à Genk en octobre dernier. Et, que, mercredi dernier,il a finalement prêté serment avec les autres élus, alors que son évêque lui avait demandé de ne pas prendre la charge ce mandat.

     " Georges Houtmeyers n’a pas tenu compte de l’injonction ...A ce jour, l’évêque n’a pas encore décidé de le sanctionner mais le fait d’avoir bravé son autorité ne plaide de toute évidence pas en sa faveur" poursuit le journaliste qui souligne d'ailleurs en début d'article qu'on a pas fini de parler de cet élu.

     Pourtant, Mgr Hoogmartens et les 130 prêtres de son diocèse réunis pour une journée de prières à Sint-Truiden en octobre dernier avaient déjà terminé cette rencontre en publiant un communiqué repris par InfoCatho.be qui soulignait que " la logique économique de maximisation du profit n’est pas la logique de l’Évangile et ne coïncide pas avec la logique de la pensée sociale de l’Église".

     Et ce communiqué se concluait par un appel aux dirigeants politiques et économiques et par une invitation particulière à tous les chrétiens : " Nous appelons les dirigeants politiques et économiques afin qu’ils redonnent espoir et perspective aux victimes des licenciements. Nous invitons en particulier tous les chrétiens à avoir de l’attention et des soins pour tous les employés – et leurs familles – qui sont victimes d’une fermeture d’entreprise aujourd’hui, en particulier pour ceux de Ford Genk …"

     Tant pis si les médias n'y trouvent pas leur compte cette fois-ci. Il faut se réjouir en apprenant que le diocèse de Hasselt dément aujourd'hui cette information et assure qu’aucune charge ne sera retenue contre le prêtre-ouvrier. Même si la justification de cette décision telle que la rapporte InfoCatho.be - "la nouvelle charge politique assumée par l’abbé Houtmeyers ne modifie nullement le statut de celui-ci, puisqu’il n’assure pas de fonction pastorale. Il exerce, en effet, une fonction de chauffeur" – aurait sans doute pu prendre un accent moins formel.

     On voit ainsi progressivement poindre çà et là, une Église plus soucieuse du monde qui advient que du monde qui s'en va. "Au lieu de chercher la conformité à une règle de vie, nous devons avoir l'audace de nous exposer aux risques de la vie. Aimer c'est risquer" écrivait Robert GELUY dans une sorte de testament paru aux Éditions Racine en 1993, sous le titre Faire Part.

     Oui, le risque zéro appartenait bien au monde qui faut aider à s'en aller ...

     

  • Anti-méthode pour vivre

     

    Ce sous-titre du livre que Fabrice Hadjadj a fait paraitre aux Presses de la Renaissance en 2005 sous le titre " Réussir sa mort " réveille en moi comme un appel ... Surtout quand je lis en quatrième de couverture " une société qui fuit devant la mort ne peut que fabriquer une culture de mort, tandis qu'une société qui l'accueille engendre une culture de vie. Entre une liquidation technique et une vie offerte, il nous faut choisir. Il n'y a pas d'autre alternative : se donner la mort ou bien donner sa vie".

     J'avais fais la même expérience au printemps 2009 où après un long silence, j'écrivais "   avant de mourir, il est bon de penser que l'histoire du monde, même présentée en habits taillés avec la rigueur des exigences scientifiques, n'est pas une fatalité. Que l'ère de la nécessité qui a soutenu les formidables avancées qui nous précèdent peut ouvrir l'ère des possibles. Non que tout soit possible mais que rien n'est définitivement inéluctable. " 

     A nouveau, - l'esprit de Pâques aurait-il soufflé aussi jusqu'à moi ? - je veux revenir une deuxième fois. Pour, comme je le disais en 2009, "prendre ma part, si minime soit-elle, aux possibles qui s'élaborent au delà des jours qui passent et des hommes qui trépassent".