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Culture

  • Penser pour être

    Jacqueline de Romilly qui fut la première femme professeur au Collège de France et la deuxième femme à entrer à l'Académie française, est décédée samedi à l'âge de 97 ans. C'était un grand, un très grand homme.

     

    Je célébrerai sa mémoire aujourd'hui en reprenant trois extraits de l'interview qu'elle accorda le vendredi 2 février 2007 à Corentin GARRAULT du journal Le Point qui titra "Jacqueline de Romilly contre les barbares". Elle venait d'être élevée à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur et on peut retrouver ce texte en bien des sites dont celui de Michel RENARD pour une école de la culture.

     

    " On craint sans doute que les élèves ne se forment un jugement trop acéré, qu'ils ne deviennent trop intelligents, qu'ils ne remettent en question la société telle qu'elle est..."

    "Apprendre à penser, à réfléchir, à être précis, à peser les termes de son discours, à échanger les concepts, à écouter l'autre, c'est être capable de dialoguer, c'est le seul moyen d'endiguer la violence effrayante qui monte autour de nous. La parole est le rempart contre la bestialité. Quand on ne sait pas, quand on ne peut pas s'exprimer, quand on ne manie que de vagues approximations, comme beaucoup de jeunes de nos jours, quand la parole n'est pas suffisante pour être entendue, pas assez élaborée parce que la pensée est confuse et embrouillée, il ne reste que les poings, les coups, la violence fruste, stupide, aveugle. Et c'est ce qui menace d'engloutir notre idéal occidental et humaniste."

    "Le danger de la démocratie, le seul, le vrai danger, c'est la démagogie."

     

    Merci Madame de Romilly : vous nous avez montré qu'il reste bien du chemin pour construire les espaces d'humanité que déjà les Grecs avaient entrevus !

     

  • Investisseurs et marché sous perfusion

    J'étais frappé hier devant l'argent qui allait se mettre à travailler. Intrigué j'interrogeai donc dès ce matin, mon moteur de recherche sur le thème " informations financières" pour faire le point en la matière.

    La première réponse proposée est un communiqué de l'AFP à New York dont le premier paragraphe est suffisant pour revenir à « ce que parler veut dire » dont nous discutions hier. J’en reproduis le texte  ci-dessous au cas où le renvoi automatique ne fonctionnerait pas.

    « 26 mai 09:00 - NEW YORK (AFP) - Une rafale de données économiques s'abattra sur Wall Street la semaine prochaine, qui pourrait réserver quelques surprises aux investisseurs, dans un marché maintenu sous perfusion à coup d'acquisitions de sociétés. »

    Certes, la rafale qui s'abat sur Wall Street et le marché maintenu sous perfusion peuvent avant tout être considérés comme des images. Mais dans la société visuelle qui est la nôtre, elles véhiculent sans aucun doute un message qui les dépasse.

    Insensiblement, l'usage de mots qui font référence au vécu quotidien des hommes, contribue à donner vie à la réalité économique. Il y a un parallélisme certain dans nos inconscients, entre un marché maintenu sous perfusion menacé par une rafale qui va s'abattre sur lui et un proche que nous avons vu sur son lit d'hôpital face à la maladie qui le mine.

    Mais au delà de cette validation inconsciente des constructions du monde économique, se profile une question plus fondamentale qui s'origine dans l'utilisation du mot investisseur.  C'est que  nous découvrons petit à petit que nous ne disposons que de vieux mots - travail, investisseur,  mais aussi, mariage, divorce, religion,  nation, ... -  pour parler des formes nouvelles que prennent les choses par et dans nos pratiques au jour le jour.

    Car un investisseur n'achetait pas pour revendre et prendre son bénéfice le plus rapidement possible sans aucune autre considération quant aux conséquences de ses décisions. Un investisseur mettait à disposition des moyens pour produire et développer. Ce qui avait pour conséquence, outre sa juste rémunération, d’enrichir l'ensemble de l'activité.

    Décidément, il serait donc utile de retrouver un consensus sur le rapport entre les choses et les mots qui les désignent. Même s'il est toujours correct, pour parler des nouveaux investisseurs, d'utiliser de vieux mots : chez eux, l'appât du gain prend souvent la place de l'esprit d'entreprise.

  • Les tyrannies de l'appartenance

      

     "...Nous devons laisser cent passions, idées et normes..." disait Michel Serres dans notre Atomes d'hominescence 1 . Parmi celles-ci, me saute aux yeux  ces derniers jours, la passion - je l’appellerais volontiers la foi - partisane et les normes qu'elle engendre.

     L'automaticité de l’exclusion du PS de Bernard Kouchner par sa décision de participer à un gouvernement non-socialiste, le ralliement à Sarkozy de la grande majorité des élus UDF alors que ceux qui les ont élus voterons pour François Bayrou au premier tour, constituent des exemples récents de cette prégnance exorbitante des partis.

    Mais ce dont nous prenons progressivement conscience, c'est que ce phénomène n'est pas spécifique aux groupes politiques: il s'agit me semble-t-il d'un processus fondateur du monde  qui fixe encore trop nos formes organisées de vivre ensemble.  

    Car l'appartenance à un groupe et la valorisation de celui-ci par et aux yeux de ses membres à soutenu l'histoire dont nous sommes issus. Le mot  Inuit ou Bantu que ces peuples utilisent pour se désigner, signifie "les hommes, les gens" et les Grecs, dont nous sommes les petits-fils, appelaient  Barbares les autres peuples. Et la création d'un Ministère de l'identité nationale procède toujours  en partie au moins,  de ce qui est longtemps apparu comme une sorte d'instinct de conservation de l'espèce.

    En effet, le bannissement, l'excommunication, la mort civile signifiait l'exclusion des ressources que le groupe - clan, famille, église, patrie, nation, classe,...- réservait à ses fidèles. Et chacun était rémunéré en fonction de sa fidélité et de sa contribution au groupe.

     Mais fidélité et contribution se sont trop souvent traduites dans la pratique en soumission et obéissance. Je ne puis oublier l'alphabet de l'enfant sage de mon enfance : O B I C ! (Le langage sms a des racines lointaines : obéissez !). Et trop d'obéissance, les guerres continuent à nous l'apprendre, aveugle les esprits, tue  les personnes  et agresse le droit de la Vie.

    Il nous faudra donc apprendre à construire des familles, des partis, des églises où l'obéissance découle de l'expérience partagée : seule, la certitude que ce à quoi nous participons nous grandit chacun et chacune peut fonder durablement notre adhésion au projet commun. 

     

     

  • Atomes d'hominescence 1

    "Le monde d'aujourd'hui hurle de douleur parce qu'il commence son travail d'enfantement. Sous risque sérieux, nous avons à inventer de nouveaux rapports entre les hommes et la totalité de ce qui conditionne la vie : planète inerte, climat, espèces vivantes, visibles et invisibles, sciences et techniques, communauté globale, morale et politique, éducation et santé... Nous quittons notre monde pour d'autres, possibles, et devrons laisser cent passions, idées, usages et normes qu'induit notre étroite durée historique. Nous entrons dans un rameau évolutif.

    (...   ...) Nous devons décider la paix entre nous pour sauvegarder le monde  et la paix avec le monde afin de nous sauver."

     

                        Michel SERRES, Rameaux, Le Pommier, Paris, 2004, p. 5-6.