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Flandre

  • Fait divers et tranformation du monde(Suite)

     

     

    L'information est tombée très vite : De Lijn a changé d'attitude. "La société de transports en commun De Lijn a tenu à s'excuser mardi après avoir envoyé récemment une facture aux parents d'un automobiliste de 29 ans décédé dans un accident de la route qui avait nécessité la déviation d'une ligne de bus et causé quelques retards " reprennent en chœur les sites RTL.be, 7sur7, lalibre.be, Le Vif ,dh.be et Sudinfo.be en s'appuyant, suivant Le Vif, sur un communiqué diffusé par BELGA.

    Selon ces sources, Roger Kesteloot , Directeur général de la société de transports, « s'excuse pour ce malheureux courrier », se justifie en invoquant« la législation sur la protection de la vie privée qui empêche les services de secours de donner davantage d'informations sur les victimes» et précise que De Lijn va « revoir sa procédure et sa communication afin que de tels dérapages ne se répètent plus à l'avenir ». Et il annonce qu'après un contact personnel avec les parents de l'automobiliste décédé, la demande de dédommagement a été annulée.

    Bien. Très bien même dira-t-on spontanément. S'excuser en reconnaissant la faute que l'on a commise, en réparer les conséquences et s'engager à l'éviter à l'avenir restent, en effet, une démarche qui depuis toujours grandit celui qui l’accomplit. Mais à l'analyse, ce geste de la Direction de De Lijn doit peut-être beaucoup à l'ampleur de la réaction populaire qu'a suscité l'écho donné par les médias nationaux et même internationaux à l'émotion et à la colère de la maman de la victime.

    En effet, un premier tournant dans l'attitude de De Lijn se produit quand la société répond à un internaute qui avait, sur la page Facebook de la société, affiché un lien vers rtlnieuws.nl qui reprenait l'information relative aux 109 euros réclamés aux parents. Voici une traduction de cette réponse : " Par cette voie, nous voulons témoigner notre sympathie la plus profonde à la famille de Kristof Bruininkx. Nous déplorons la lettre et particulièrement, son ton froid et administratif. Quant au contenu de la lettre, nous ne pouvons pas nous exprimer ici. Nous cherchons entretemps à prendre contact avec la famille et voulons discuter plus avant avec eux de cette affaire(1)".

    Ainsi, avant d'avoir pris directement contact avec elle, c'est par média interposé que De Lijn présente ses condoléances à la famille. Tout semble se passer comme si De Lijn jugeait qu'une réponse à l'émoi médiatique suscité par l'écho réservé par la presse à l'émotion des parents était aussi urgente que la réparation du traumatisme humain que la lettre-type leur avait occasionné.

    Car c'est bien la multiplication des réactions à la demande d'indemnisation adressée à la victime d'un accident mortel de la circulation qui ouvre le message au public publié sur la page Facebook de la société et signé de la main-même de Roger Kesteloot, directeur Général de De Lijn. Et la nécessité de modifier la première version de ce message pour remplacer « données d'identité ou autre information au sujet des victimes » par « information au sujet de l'état de santé des victimes » ne fait qu'accroître l'idée que la défense de la légitimité sociale de De Lijn pèse plus que le soucis d'effacer les blessures humaines entrainées par la réclamation qui n'avait pas lieu d'être.

    C'est en tout cas ce que pensent les auteurs de certains des commentaires suscités par le message de Roger Kesteloot : c'est autant sinon plus en raison du mal causé à De Lijn que de la peine occasionnée à la famille Bruininkx que cette lettre n'aurait pas du être envoyée...

    Ainsi, l'idée que le monde où vivent les parents de la victime et celui habité par les gestionnaires de De Lijn s'éloigneraient progressivement l'un de l'autre prendrait encore de la consistance. Car la communication se complique quand les évidences et les règles de sens ne sont plus suffisamment partagées par ceux qui essayent de se parler.

     

    1.Voici le texte original de cette réponse :" langs deze weg willen we ons diepste medeleven betuigen aan de familie van Kristof Bruininkx. We betreuren de brief en zeker de ambtelijke, koude toon ervan. Over de inhoud van de brief kunnen we ons langs deze weg niet uitspreken. We zoeken intussen contact met de familie en willen dit verder met hen bespreken."

     

     

     

     

     

  • Fait divers et tranformation du monde

     

    La rubrique "Faits divers" est souvent, si on accepte de creuser les faits qui y sont rapportés, un outil précieux pour révéler les transformations que subit le monde qui façonne la quotidienneté de nos existences.

    On a ainsi appris ce lundi matin que les parents d’un jeune homme de 29 ans décédé dans un accident de la route, se voient réclamer 109,75 € par De Lijn, l'équivalent en Flandre du TEC en Wallonie, à titre d'indemnité pour le détournement d'un de leur bus en raison des 16 minutes de fermeture de la route pendant les constatations d'usage.

    Sur le site de Het Laatste Nieuws qui est à l'origine de cette information, on mesure le choc que ce genre de courrier provoque chez ceux qui le reçoivent. La maman ne comprend pas; elle dit sa colère et son émotion et réclame elle, un peu de chaleur et de respect en de telles circonstances. Et le bon sens et la conscience populaire s'accordent pour approuver et soutenir cette attitude.

    Mais la lettre prévue par la procédure établie par De Lijn pour recouvrer les frais de détour occasionnés par des accidents ne sera pas adaptée. Tout en comprenant le chagrin des parents et en reconnaissant qu'une lettre-type au ton aussi sec peut toucher durement celui qui la reçoit, le porte-parole de la société de transports en commun met en avant qu'il est impossible de prendre en compte l'état des victimes des accidents." De privacywet verbiedt ons dat " déclare-t-il, la loi sur la protection de la vie privée nous interdit de faire cela.

    Que nous apprend ce fait divers ?

    En premier lieu sans doute, que les mondes où vivent les parents de la victime d'une part et les gestionnaires de De Lijn d'autre part, tendent à s'éloigner l'un de l'autre au point de plus se comprendre : à partir de la vision des choses de chacun, voici que les uns considèrent la lettre de réclamation d’indemnisation comme une sorte d’agression intolérable alors que les autres la voient comme une démarche parfaitement légitime. A la réflexion, cette tendance est marquante et se donne bien à voir dans la multiplication des lobbys de tout genre. De la collaboration en vue d'un objectif partagé on passe aux affrontements dans la poursuite d'objectifs divergents.

    On apprend aussi que le rapport à la loi se transforme. De repère pour décider de l'adéquacité sociétale des comportements la loi est de plus en plus instrumentalisée comme argument de justification d'intérêts particuliers. On a vu il y a peu par exemple, le MR invoquer la loi sur le financement des partis interdisant à une personne morale de verser de l'argent à un parti politique pour contester un remboursement de 670.000 euros au FDF qui lui avait été imposé en première instance. Pourtant, là aussi, le bon sens et la conscience populaire trouvaient juste que la dotation que le Parlement attribue soit distribuée en fonction de la répartition en partis de ceux qui la composent. Et il ne faut jamais oublier le tournant, souligné ici naguère, qu'a constitué la "Directive 2000/36/CE du Parlement européen et du Conseil, du 23 juin 2000, relative aux produits de cacao et de chocolat destinés à l'alimentation humaine" qui à nouveau pour le bon sens et la conscience populaire autorise à appeler chocolat ce qui n'est plus du chocolat. Il suffit que l'étiquette camoufle clairement le mensonge !

    Nous ne vivons pas tant une époque de changements, qu’un changement d’époque. " constatait le pape François dans l'interview donnée au quotidien romain Il Messagero il y a quelques jours. Il a sans doute raison. Même ce qu'il donne à voir dans sa manière d'être pape est porteur d'indices ténus d'un autre monde… Mais il y a encore beaucoup de vieux hommes ...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Représentant ou apparatchik : les élus devront un jour choisir ...

    " La cause était radicale, mais les gens qu’elle a recrutés se sont avérés être, de plus en plus, des apparatchiks, des gens motivés surtout par leur carrière plutôt que par leurs convictions.". Voilà reprise sur le site de la RTBF, la constatation que fait Paul Krugman dans la chronique qu'il consacre à la surprenante défaite subie ce 10 juin par Eric Cantor à la primaire du Parti républicain en vue des élections de novembre 2014 dans la 7ième circonscription de Virginie.

    Quand on regarde comment le poids des appareils a pesé au Parlement wallon, tant sur les travaux de la Commission de vérification des pouvoirs que sur le vote intervenu en Séance publique, on doit se demander si cette constatation ne doit pas s'étendre bien au delà du mouvement républicain aux EUA. Et ce qui se passe à l'UMP en France en élargit encore le champ d'application.

    L'attitude générale de la presse et des médias en la matière est un signe supplémentaire de l'existence de ce que le Prix Nobel d'économie appelle des "ensembles d’institutions et d’alliances intimement liées qui permettent de gagner des élections en jouant sur les peurs mais qui – je généralise ici l’analyse de Krugman -, utilisent leurs victoires pour faire passer des programmes personnels, tout en développant pour leurs fidèles, un réseau de soutien au plan politique et idéologique.

    Un incident récent rapporté sur le site levif.be montre bien que dans l'arène politique, la communication a pris le pas sur la réalité, les mots ont pris le pas sur les choses. Le tagage de l’inscription "NEGERS !" sur la façade du journaliste de la VRT Peter Verlinden, qui est le mari d'une "femme noire" et le papa d’une "fille brune", a amené celui-ci à souligner "le silence assourdissant qui a suivi de la part de pratiquement tous les politiques flamands et les mass media" la déclaration de Filip De Winter, un des leaders du Vlaams Belang en pleine campagne électorale "Le problème n’est pas le vieillissement, mais le brunissement !". Il demande donc à la N-VA, à laquelle la majorité des électeurs du Vlaams Belang aurait, selon lui, décidé de faire confiance, de s'exprimer en toute clarté sur le racisme. C'est sur le site web du quotidien De Standaard que Liesbeth Homans réagit. Après avoir dit son horreur sur ce qui s'était passé, elle indique clairement qu'en aucune manière, ces nouveaux électeurs,si leur existence en confirmée par l'analyse des résultats, ne changeront ni le style de communication ni l'image de la société propres à la N-VA. Quant au silence de la N-VA face aux provocations racistes du Vlaams Belang pendant la campagne, il doit être considéré comme un choix stratégique et en aucun cas, comme un assentiment tacite. La N-VA est fière, si son attitude a ainsi pu contribuer à l'effondrement du discours politique raciste.

    Style de communication, image de la société, choix stratégique, discours politique : la théorie de la communication efface progressivement les vécus quotidiens et les élus du peuple s'effacent progressivement pour servir l'image qui assure le pouvoir de ceux qu'ils servent ... parfois sans le savoir ...

    "En rejetant Cantor, la base républicaine a montré qu’elle avait dépassé les leurres électoraux" écrit Krugman. Quand les leurres électoraux cesseront-ils d'éblouir tant d'hommes et de femmes en quête d'existence?

     

     

     

     

     

     

     

  • Les citoyens flamands eux-aussi sous tutelle à Bruxelles ?

     

    On a appris hier que commençaient les négociations entre PS, FDF, cdH, Open Vld, sp.a et CD&V pour former le gouvernement bruxellois.

    On doit pourtant ne pas oublier que l'annonce de négociations entre le PS, le cdH et le FDF en vue de constituer la partie francophone du nouveau gouvernement bruxellois avait immédiatement amené Wouter Beke, président du CD&V et de Gwendolyn Rutten, présidente des libéraux flamands à exprimer dans un communiqué les "sérieuses difficultés qu'éprouvait leur parti avec une participation gouvernementale du FDF côté francophone" . Difficultés à ce point sérieuses, que le même communiqué précisait : "L’Open Vld et le CD&V refusent de répondre à l'invitation des partis francophones bruxellois d'entamer des négociations". Cette réaction est parmi toutes les péripéties qui émaillent les contacts en vue de trouver des majorités, est une des plus, sinon la plus importante, pour mesurer l'état réel de la situation politique en Belgique.

    Cette intervention des état-majors des partis flamands dans la composition de l'aile francophone du gouvernement est en effet de nature à nous ouvrir les yeux et à nous faire voir que la Flandre n'a pas encore mis un point final à l’histoire qu'elle veut écrire.

    Ceux qui avaient bien mesuré le rapport de force avaient déjà compris que, malgré l'article 3 de la Constitution qui confirme l'existence de la Région wallonne, de la Région flamande et de la Région bruxelloise, la Flandre ne permettrait jamais une région bruxelloise gérée démocratiquement par les citoyens qui l'habitent. Mais on avait tout de même pensé que la loi spéciale du 12 janvier 1989 qui organise la double majorité dans les institutions de la Région bruxelloise garantissait l'autonomie des deux groupes linguistiques du Conseil régional. Et bien, non.

    Nous savons maintenant qu'il sera bien difficile pour les flamands de Bruxelles de prendre en main leur destin en Région bruxelloise. Ils ne peuvent aller que dans la direction qui convient aux flamands de la Région flamande. Il en ira de même tant que nous accepterons que le droit du plus fort est toujours le meilleur.

     

  • Le Vlaamse Volksbeweging, la démocratie et les médias.

     

    «Un coup d’œil rapide sur les résultats des dernières élections suffit à démontrer que chaque voix n’a pas le même poids. Ainsi, la Flandre qui livre 63% des voix, n’a droit qu’à 58% des sièges à la Chambre. Les électeurs wallons représentent 33% mais ont quant à eux droit à 43% des sièges. Cette arithmétique prouve que le système électoral belge est défavorable aux Flamands alors qu’ils sont majoritaires» conclut Bart De Valck, président du Vlaamse Volksbeweging.

    C'est ce que rapportent divers médias comme l'avenir.net ou RTL.be, qui rendent compte de l'action organisée par ce mouvement nationaliste flamand aux alentours du Parlement fédéral jeudi dernier pour dénoncer le déficit démocratique dont souffre à ses yeux, le système électoral belge en ne respectant pas le poids de voix flamandes pour répartir les sièges de député à la Chambre.

    «Chaque personne a logiquement droit à une voix et chaque voix doit avoir le même poids électoral. » constate le Président du VVB. Mais le déficit démocratique est bien plus flagrant encore quand on passe à un rapide coup d’œil rapide sur les résultats des dernières élections au Parlement de la Région Bruxelles-Capitale.

    Ne prenons qu'un exemple, celui de la famille libérale dans ce Parlement. Elle se voit attribuer 23 sièges pour les 108.535 suffrages qu'elles a obtenus. Open Vld en reçoit 5 soit 21,24% alors que ses 14.292 voix ne représentent que 13.17% du total des voix libérales. Le MR lui, pour qui ont pourtant voté 94.243 citoyens soit 86,83 % de l’ensemble, n'obtient que 18 sièges soit seulement 78,76 % des sièges libéraux.

    On voit donc qu'un siège Open Vld coûte 2858,50 voix alors qu'il en faut 5.235,72 au MR pour en obtenir 1. Oui, il faut 1,831 voix donnée au MR pour obtenir l'effet d'une voix donnée à Open Vld.

    Si nous revenons sur cette information, c'est pour souligner combien l'attrait d'être le premier à publier la petite phrase qui va faire mouche, amène nos médias à diffuser sans analyse ni réflexion tout évènement soit ténu soit-il, qui est de nature à entretenir ou renforcer le script du spectacle médiatico-politique qui tend à masquer les dures réalités de la vie quotidienne. On eût aimé que les propos du VVB eussent été remis en perspective pour rappeler que le nombre n'est pas le cœur de la démocratie.

    Oui, on doit se demander si le journalisme n'est pas progressivement plus au service du Journal qu'au service des lecteurs qui cherchent à s'informer. La communication ne doit pas prendre le pas sur l'information.