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évolution

  • Monde des mâles ou terre des vivants?

    En contrepoint à l'opinion du sociologue Dassetto parue ce samedi dans La Libre, pour qui "Les femmes entrent dans l’univers des mâles. Elles ne le changent pas" j’aime à relire celle qu’Annie Leclerc proposait dans Epousailles , Editions Grasset dans la collection Livre de Poche, en 1976.

    « Et la parole de l'homme est encore à venir.

    Car celle que nous lui connaissons est loin d'être collée par une sorte de nécessité immuable à son corps d'homme ; et ce tout simplement parce que c'est une parole scindée du corps. …Je n'entendrai la parole de l'homme comme sienne que lorsqu'elle naîtra de son corps et qu'elle saura parler le corps, tous les corps dont son corps est l'épreuve. Je n'entendrai la parole de l'homme comme sienne que lorsqu'elle sera solliciteuse de ma parole, comme je le suis de la sienne, et amoureuse de mon corps vivant, comme ma parole l'est du sien.

    L'homme comme moi à un corps. Comme moi il ne vit que de l'affirmation de la puissance ; il ne vit que d'épouser la terre, que d'acquiescer à la jouissance du vivre. Et il ne vit vraiment que de ce que son corps vit, la proximité enchantée de l'autre corps que le désir rejoint et touche, de l'autre corps mêlé au sien, de la jouissance qui les confond

    Ainsi lorsque je dis quelle parole veut mon corps, je dis quelle parole veut le corps, qu'il soit d'homme ou de femme ; même si ce qui s'énonce d'un corps de femme est autre que ce qui peut s'énoncer du corps de l'homme, comme est autre le corps que j'appelle, autre le corps qu'il appelle. »

     


  • Menaces sur les sociétés laïques ?

    L'article que Ralf DAHRENDORF consacre au péril qui pourrait menacer les sociétés laïques dans La Libre se termine par une mise en garde non voilée : " La tendance actuelle à l'obscurantisme peut aisément échapper à tout contrôle. »

    Et DAHRENDORF repère les différents visages que prend la menace qui pèse sur les démocraties laïques, celles où " la loi était faite par le peuple souverain et non par une quelconque entité divine ou un intermédiaire supra humain."

    Il identifie les croyants intégristes qui subordonnent la loi à un être suprême ou à la révélation, les fondamentalistes évangélistes qui pèsent sur le Parti républicain aux Etats-Unis,le Vatican et ses pressions sur le projet de constitution européenne, les juifs orthodoxe en Israël et l'intégrisme islamique militant pour la charia dans les jeunes démocraties et dans les pays à forte densité musulmane.  

    Si l'on ne peut qu'être d’accord pour qualifier toutes ces manifestions d'obscurantismes intolérables, on peut aussi souhaiter en approfondir l'analyse pour essayer de mettre en lumière ce qui constitue leur commune racine.

    Ne peut-on pas penser que ce qui est risque mortel pour les démocraties, c’est plus le retour des intégrismes qui enferment leurs fidèles dans et par une violence aveugle au nom et au service d'un Maître que le réveil de l'anxiété fondamentale devant la vie et la mort qui, pour certains de nos frères humains, trouve à s'exprimer le mieux en terme de religion?

    Un vieux professeur nous enseignait qu’aujourd’hui, nos vies  ne différaient de celles du moyen age  que par les formes d'enfermements qui  les définissent.  Les centres commerciaux ont remplacé les cathédrales mais la célébration y est aussi fervente le samedi en poussant son caddy  que le dimanche naguère en chantant des cantiques. Les ristournes ont remplacé les indulgences et les soldes d'hiver et d'été ont pris la place de l'Avent et du Carême.

    La hiérarchie des ordres religieux chargés de maintenir et de développer les pratiques - Jésuites, Dominicains et Capucins- se retrouve dans celle de leurs équivalents modernes, les grandes surfaces, avec Rob, Delhaize et Colruyt. Les grands séminaires ont fait place aux grandes écoles de gestion et les facultés de théologie se retrouvent en économie, le FMI et l’OCDE prenant la place du Saint Office. Les indignes se voyaient refuser les sacrements, aujourd'hui on leur refuse l'ouverture d'un compte en banque et l’on court vers les paradis fiscaux et non plus vers  les hauts lieux de pèlerinage...

    Ainsi, concluait-il l'important aujourd’hui est d’éviter de laisser encore enfermer les hommes dans une nouvelle illusion de salut collectif : le destin de chacun est de s'investir dans l'accomplissement de ce qu'il découvre qu'il doit devenir.

    Nous opposer au totalitarisme de ceux qui utilisent les religions pour s'imposer à tous, c'est bien. Affronter, dénoncer et combattre la pensée unique où qu'elle se manifeste, c'est mieux. Car c’est contre elle ou en tous cas en la dépassant, que se sont construites toutes les victoires de la vie sur la mort.

  • Oui, la bonté est-elle naturelle ?

    Si les réponses apportées à cette question par la biologie évolutionniste dans l'article du Pr DUGATKIN publié dans Lalibre du 15 mai dernier ne m'ont pas transporté d'enthousiasme, les questions qu'elles ont suscitées continuent à retenir ma curiosité.

    • Est-il démontré qu'il y a identité entre altruisme et bonté ? Ou, pour le dire autrement,  la bonté implique-t-elle toujours le sacrifice de soi ? Car dans la perspective évolutionniste, c'est bien celui-ci qui constitue le noeud du problème.
    • Le parallélisme entre E = mc2 et la 'loi de Hamilton" est-il acceptable ?  Nous avons des outils pour mesurer la masse et la vitesse mais qu'en est-il pour les "coûts d'un acte de bonté" ou pour le "bénéfice qu'un individu retire d'un acte gentillesse à son égard ?
    • De plus, est-ce vraiment raisonnable de demander à une discipline scientifique, fût-elle fort à la mode aujourd'hui, de répondre -au moins en partie, je le concède- à une question qui comme l'indique la rubrique de publication, relève  de la sphère des opinions et des spiritualités?

    Rappelons nous qu'une des fonctions principales de la science fut de faire sortir ceux qui nous ont précédés de l'obscurantisme clérical : il ne faudrait pas qu'à son tour, celle-ci prenne la figure d'une nouvelle église qui enferme ses fidèles dans la vérité qui, comme avant, assure le pouvoir à ceux qui la détiennent.

  • Atomes d'hominescence 1

    "Le monde d'aujourd'hui hurle de douleur parce qu'il commence son travail d'enfantement. Sous risque sérieux, nous avons à inventer de nouveaux rapports entre les hommes et la totalité de ce qui conditionne la vie : planète inerte, climat, espèces vivantes, visibles et invisibles, sciences et techniques, communauté globale, morale et politique, éducation et santé... Nous quittons notre monde pour d'autres, possibles, et devrons laisser cent passions, idées, usages et normes qu'induit notre étroite durée historique. Nous entrons dans un rameau évolutif.

    (...   ...) Nous devons décider la paix entre nous pour sauvegarder le monde  et la paix avec le monde afin de nous sauver."

     

                        Michel SERRES, Rameaux, Le Pommier, Paris, 2004, p. 5-6.

  • Atomes d'hominescence

    L'hominescence vise le processus par lequel, jour après jour, prend chair et vie (s'incarne), l'idée d’HOMME que nous commençons à apprendre à voir à l’œuvre depuis des millénaires.

     

    Laborieusement affinée de génération en génération, la nôtre  s'est traduite en "Droits de l'Homme" et les générations qui nous suivront l'enrichiront après nous. Car la Vie est plus forte que ceux qui la reçoivent, la donnent, la prennent, la manipulent et la perdent.

     

    Dans la série proposée sous le titre "Atomes d'hominescence", on trouvera une idée, question ou réflexion issue de ce que d'autres nous proposent à penser. Ces "atomes", en entrant en résonance avec d'autres lectures et lecteurs, voudraient servir à la construction d'éléments nouveaux pour la vie de demain.