Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

démocratie

  • Tout n'est que changement … sauf qu'on meurt toujours !

     

    Tout n'est que changement ! Cest le titre de la récente chronique donnée par Rudolf Rezsohazy à Lalibre.be. Il s'y intéresse "aux changements qui touchent aux fondements de la société, de la culture, de l’économie, de notre mode de vie" et considère l’"affirmation de l’épanouissement de la personne comme but de l’existence", la "révolution informatique" et le "réagencement de la scène internationale" comme les trois moteurs fondamentaux de la transformation radicale de "notre civilisation occidentale".

    Chantal Delsol s'intéresse elle aussi au "destin de notre représentation du monde" dans le bel ouvrage qu'elle a publié aux Editions du Cerf l'an dernier sous le titre "L'âge du renoncement". Pour cet auteur, "l’âge contemporain est le fruit d’un long processus d’instrumentalisation de la vérité au profit de l’utile". Cette manière de voir est proposée de manière plus détaillée en 4ième de couverture de son livre.

    "L'époque présente atteste plutôt la réinstauration de modes d'être et de pensée comparables à ceux qui précédèrent l'Occident chrétien et à ceux qui se déploient partout hors l'Occident chrétien : des sagesses et des paganismes, déjà à l'œuvre sous la texture déchirée de nos anciennes convictions, transcendantes ou immanentes. Ces sagesses se nourrissent de renoncement(...) Renoncement à la quête de la vérité, renoncement au progrès, à la royauté de l'homme, à la liberté personnelle. Les conséquences en sont, par un lent processus, le remplacement du vrai par le bien, des dogmes par des mythes, du temps fléché par un retour au temps circulaire, du monothéisme par le paganisme ou le panthéisme, de l'humanisme de liberté par un humanisme de protection, de la démocratie par le consensus, de la ferveur par le lâcher prise..."

    Tandis que l'analyse de Rezsohazy s'arrête au caractère passionnant de lobservation des aventures de l’humanité, celle que propose Delsol en arrive à questionner l'abandon quasi sans douleurs de conquêtes humaines primordiales si péniblement tirées du néant par ceux qui nous ont précédés. Pour elle - c'est la dernière phrase de sa conclusion - " les fous de la vérité sont peut-être les dépositaires d'une autre âme du monde, dont ils veillent la lueur captive".

    Car de génération en génération, depuis longtemps les hommes et depuis peu, les femmes avec eux, cherchent à savoir pour quoi ou peut-être mieux, pour qui ils sont entrés dans le tourbillon de la vie qui d'expérience, débouche inexorablement sur la mort. Et les réponses données de siècle en siècle au problème de la vie et de la mort étaient, dans notre civilisation, le fruit d'âpres confrontations auxquelles chacun était appelé à apporter sa part personnelle. Depuis le temps de l'estompement des normes et des accommodements raisonnables, la recherche de consensus appellerait désormais chacun à de plus en plus baisser personnellement pavillon face à l'omniprésence du citoyen responsable, grand inquisiteur du collectivement correct.

     

  • Vote électronique et dignité humaine

     

    "Le vote électronique va bien avec l’époque dans laquelle on vit". C'est ainsi que s'exprimait la députée wallonne Isabelle Simonis, sur le site de lalibre.be il y a quelque jours. Et pourtant je continue à penser comme je le faisais en 2007 : l’illusion consiste à croire que l’élection est essentiellement constituée par le vote individuel : en réalité, le dépouillement par et aux yeux des délégués de tous, est finalement l’essentiel du processus.

    Ceci est bien mieux dit encore par Duracell - Jumet dans son commentaire aux réflexions d'un autre Député wallon, Jean-Luc Crucke qui se disait " persuadé qu’il n’y a pas d’erreur dans le vote électronique ". Pour Duracell " Le vote n'est pas un acte technique, mais un acte citoyen. A vrai dire, l'acte citoyen ultime, puisque ce vote conditionne des années gestion de nos villes, régions ou pays. Il faut donc bien veiller à ne pas confisquer aux citoyens le contrôle sur cet acte, le seul qui leur permette de s'exprimer dans ce pays.Ce, non pour des raisons techniques, mais pour des raisons éthiques." La certification du résultat des votes par les citoyens constituant les bureaux de dépouillement a la même signification sociale que la décision des citoyens constitués en jurys d'assises !

    Ils expriment et célèbrent la dignité de la fragilité humaine.

  • La peur pour aujourd'hui, l'espérance pour demain

    L'allocution radiotélévisée que le Président de la République Nicolas Sarkozy, a adressée aux français sur la situation internationale pour sauver le candidat Président Nicolas Sarkozy des sables mouvants où l'entrainaient les tergiversations de Michèle Alliot-Marie, met bien en lumière combien désormais la communication est devenue essentielle dans la construction des vivre-ensembles des hommes. Les effets de l'image de soi et et de la situation qu'elle produit prennent le pas sur qui on est et sur ce qui se passe dans les faits.

    Pour convaincre ceux qu'il faut rassurer parce que c'est la peur de l'avenir qui les anime, on dira avec conviction :

    "De l'autre côté de la Méditerranée, se produit un immense bouleversement : certains peuples arabes prennent leur destin en main, renversant des régimes ... qui ... malgré leur caractère autoritaire ... apparaissaient aux yeux de tous comme des remparts contre l'extrémisme religieux, le fondamentalisme et le terrorisme.

    Le sort de ces mouvements est encore incertain... ils peuvent aussi bien sombrer dans la violence et déboucher sur des dictatures pires encore que les précédentes. Nous savons ce que pourraient être les conséquences de telles tragédies sur des flux migratoires devenus incontrôlables et sur le terrorisme.

    Mon devoir de Président de la République est d'expliquer les enjeux de l'avenir mais tout autant de protéger le présent des Français. C'est pourquoi ... nous avons décidé de réorganiser les ministères qui concernent notre diplomatie et notre sécurité. Ainsi les fonctions régaliennes de l'État se trouveront-elles préparées à affronter les événements à venir dont nul ne peut prévoir le déroulement. Vous pouvez compter sur ma détermination ..."

    Pour convaincre ceux qu'il faut enthousiasmer parce que c'est la foi en l'avenir qui les anime, on dira avec la même conviction :

    "De l'autre côté de la Méditerranée, se produit un immense bouleversement. ... Ce changement est historique. Nous ne devons pas en avoir peur. Il porte en lui une formidable espérance car il s'est accompli au nom des valeurs qui nous sont les plus chères, celles des droits de l'homme et de la démocratie. Pour la première fois dans l'histoire, elles peuvent triompher sur toutes les rives de la Méditerranée.

    Nous ne devons avoir qu'un seul but : accompagner, soutenir, aider les peuples qui ont choisi d'être libres. ... il nous faut tout faire pour que l'espérance qui vient de naître ne meure pas ... Nous avons donc le devoir d'agir avec une ambition qui soit à la dimension des événements historiques que nous vivons. Vive la République ! Vive la France !"

    Tous ces mots ont été dits. Et ceux qu'il ne fallait pas dire ont été soigneusement évités. C'est dans les coulisses que la réalité doit rester enfermée. On ne pouvait " accepter que certains utilisent cette cabale pour essayer de faire croire à un affaiblissement de la politique internationale de la France " ni que " l'action internationale " du Président " puisse, en quoi que ce soit, en souffrir " lit-on dans la lettre de démission de la Ministre qui à constitué le point d'entrée de ce branle-bas médiatique.

  • Sarkozy et Moubarak

     

    Avec un peu de recul, la soirée de jeudi apparait comme une démonstration pratique de la théorie de l'exercice du pouvoir à l'ère des médias. Car on a découvert et on enseigne que les outils de communication sont riches de possibilités -pour qui sait les utiliser- en matière de construction de réels .

    Ce soir là donc, deux Présidents, Nicolas Sarkozy s'adressant aux enfants de la Révolution française et Hosni Moubarak s'adressant aux fils des Pharaons, entraient en conversation avec leur peuple. Ce que je veux souligner, c'est l'intéressante similitude des contenus:" je comprends vos attentes et vos inquiétudes; l'émotion qui vous touche me touche car moi aussi je suis de chez nous; j'ai entendu votre message, ce que vous dites est juste et plein de bon sens...mais l'intérêt supérieur de la nation m'impose de ne rien faire de ce que vous me demandez, je vous demande de me comprendre et de me faire confiance pour réaliser ce qui est bon pour notre pays ! "

    On est frappé de voir comment le recours aux experts en communications conduit à un discours de plus en plus formaté  au point qu'on finira par ne plus guère pouvoir différencier dictature et démocratie. Alexis de Tocqueville avait déjà entrevu cette possibilité en écrivant dès 1840  dans le 2iéme tome de son ouvrage"De la démocratie en Amérique"ces lignes d'une clarté et d'une lucidité peu commune : "Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.

    Au-dessus de ceux-la s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre?"

    En 1840, "citoyen" était un substantif ... nous en avons progressivement fait un adjectif ... pour habiller notre soumission de consommateur ?

  • La crise ... ou la bêtise?

     

    "Rarement événement politique aura donné avec autant de précision et de visibilité l'affligeant et éternel spectacle des luttes carnassières où la prise de pouvoir, les egos et les meurtres symboliques sont les enjeux prioritaires ... sous couvert de respectable morale démocratique. ... Spectacle affligeant comme aussi celui de la fidélité intéressée des sherpas attendant les miettes du repas. ... mauvais jeu - dont on ne s'étonnera pas plus tard qu'il ait encore un peu nourri, si faire se peut, la crise du politique et son divorce d'avec le citoyen ... La crise est majeure et appelle réflexion profonde."

    Bien que de grande actualité, ces lignes ne sont pas d'aujourd'hui ! On peut les lire dans Le Soir du 10 avril 1996 sous la plume de Robert BURY. Et j'en viens à me demander si pour comprendre que si peu de choses changent, une voie ne nous est pas offerte par le texte figurant en 4ième de couverture de « La Bêtise » d'André Glucksmann, chez Grasset en 1985 :

    "Quiconque réduit la bêtise à une simple faiblesse d'esprit la sous-estime ; active, jalouse, conquérante, elle classe, ordonne, exclut ; elle change d'avis, mais jamais n'avoue se tromper ; elle promet divers avenirs radieux et se propulse moteur dans l'histoire. Elle devient la chose du monde la mieux partagée, ses faveurs n'épargnent personne ; cueillie sur un écran de télé, affleurant chez Bouvard automobiliste ou Pécuchet diplômé, elle prend le pouvoir chez les puissants de ce monde. Derrière les grandes idéologies, aujourd'hui en déroute, elle assure la stabilité des guerres mondiales et dans tous les camps la floraison de l'esprit de parti."

    Qui ouvrira la route des partis sans carte de membre pour ouvrir la porte à la parole libérée ? Pour que tous ceux qui décident d'inventer des espaces où devenir ensemble artisan d'un destin partagé, reprennent goût à vivre ensemble !