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déontologie

  • Bons mots, mauvais effets

    Quand comprendrons-nous que ce n'est ni à partir de grands discours ni au moyen de programmes pédagogiques élaborés que se construit durablement la citoyenneté, figure nouvelle de la démocratie dans les parlers d'aujourd'hui? On en a encore eu un exemple ce mardi.

    Le souci pédagogique de la RTBF a conduit la Première à programmer en radio une séquence qui sous le titre de Double Clic, reprend à la fin du JP de 13 heures, un segment de l'actualité pour en expliciter plus précisément les enjeux. Décision fort utile en ces temps où le minutage de l'information rend de plus en plus difficile d'en saisir toute la portée.

    Mais quand le journaliste commence sa présentation du sujet en proposant de "s'intéresser aux petits jeux de la confection des listes électorales, sport du moment dans les partis politiques, avec une série de règles à respecter qui imposent d'ailleurs parfois certaines contorsions dans les différentes formations", il manque radicalement le but assigné à l'émission. Petits jeux, sport du moment, certaines contorsions, apparaissent comme autant d'invitations à considérer la politique comme un noeud d'intrigues et de coups fourrés et d’incitations à discréditer a priori une activité aux conséquences pourtant essentielles pour notre vivre ensemble.

    N'advient-il pas une dictature du médiatiquement correct (billet au chapeau accrocheur et à la chute réussie...) plus dangereuse encore pour l'éclosion de l'intelligence des cœurs que celle du politiquement correct qui gèle pourtant déjà bien des sources d’espérance…

  • Petits jeux mais grand enjeu

    Aujourd’hui, sortie de  cinq jours de silence, tant le bruit produit par l'activité des "créateurs d'évènement" était  intense  et empêchait pratiquement de penser.

    Ce qui frappe dans la médiatisation des choses, c'est la surenchère omniprésente - questions, commentaires ou images - destinée à créer du sensationnel ou au moins à être - ne fusse qu’une heure seulement, dirait le grand Jacques- le média "number one",celui qui  fait l’évènement.

    A ce jeu, suivant un communiqué AFP repris par la Libre, la RTBF a décroché le jackpot avec un récent  « Douze minutes ». Il a suffit à un journaliste de laisser entendre que Sarkozy n’aurait apparemment pas bu que de l’eau à la fin du sommet du G8 à Heiligendamm pour provoquer plus d’un million de téléchargement des images diffusées dans son journal ! La recette Dardenne semble promise à un bel avenir…

    Je me demandais en commençant ce blog si l'information avait pour fonction de façonner des masses ou de construire des vivants. Les précisions données par le journaliste pour expliquer sa démarche semblent suggérer l'ajout d'une troisième fonction : le divertissement par la banalisation du monde.

    Bien qu'elles soient réservées en exclusivité au blog de Jean-Marc MORANDINI j’en emprunte les extraits suivants pour expliciter mon analyse. 

                             - "  Je n'étais pas au sommet du G8, je n'ai évidemment pas soumis Nicolas Sarkozy à l'alcootest, j'ai simplement vu ces images dans les EVN (échanges internationaux d'images de l'Eurovision) et avec d'autres, nous les avons trouvées plutôt cocasses."                      Ainsi donc, ce qui apparaît cocasse  - c'est-à-dire susceptible d'amuser - reçoit une priorité dans la détermination des images à diffuser.

                                    - "Des chefs d'état qui trinquent après deux jours de stress et de labeur, pas de quoi fouetter un chat. Ca les rendrait même plutôt sympathiques... nous avons la faiblesse de cultiver le sens de la dérision, et de l'auto-dérision bien sûr."                                 A quand une bande passante " Ceci est de l'autodérision" pour signaler aux spectateurs qui pourraient prendre les informations au sérieux qu'il s'agit en fait d'un moment de détente ? Les journalistes ont eux aussi leurs journées de stress et de labeur...

    Heureusement, la formule pour s'en sortir est désormais bien rodée depuis les diverses commissions d’enquêtes et autres auditions publiques. En voici les trois temps :

    1. s'étonner benoîtement de la façon dont on a été (mal) compris : "je suis désolé des proportions que prend ce qui n'était au départ qu'un clin d'oeil"
    2. Reconnaître néanmoins la possibilité d'un dysfonctionnement éventuel : "Sans doute aurais-je dû être plus prudent, peut-être ais-je commis une faute, je veux bien l'admettre".
    3. Réaffirmer le bien-fondé de l’initiative : " Je suis désolé de voir cette affaire tourner à l'incident diplomatique alors qu'elle ne  mérite qu'une tempête dans un verre ... d'eau".

    Si ceci était évidemment un clin d’œil, la vraie question doit être située en amont. Qu'apportaient en terme d'information sur les résultats de la réunion du G8, les images qui ont été présentées? Car ce qui s'est passé à  Heiligendamm se situait bien au delà du type de boisson consommée par un des participants.

    A moins que le ton plus libre et plus détendu d'un journal de nuit finisse par prendre le pas sur l'information des gens. Du pain et des jeux. La recette est ancienne, mais jusqu'ici, s'est toujours lever un jour où l'humanité avait faim d’autre chose. 

     

  • 62,77 % : être prudent quand on lit un journal!

    Curieux, j'ai acheté hier l'Avenir du Luxembourg pour en apprécier la nouvelle formule annoncée et promue à grand renfort de messages prometteurs.

    Le titre principal de la dernière page tient en un nombre : 62,77 %. On y apprend que les avis des 325 personnes qui ont "votés" sur  la question "Où placer Liran ?",  se répartissent de la manière suivante pour les quatre suggestions proposées:

    -L'institut psychiatrique qui le soigne doit prendre des mesures de sécurité plus efficaces : 16,00%

    -Il doit être transféré dans un centre fermé  :   16,62%

    -Qu'on le traite en adulte : direction la prison ! : 62,77%

    -N'en faisons pas tout un plat, après tout il a volontairement regagné sa chambre  :   4,62%

     

    Certes, quand on interroge le site actu24.be où le journal recueille l'avis des internautes, on trouve une mise en garde claire sur la portée de ce sondage  :  " Nos sondages n'ont pas de valeur scientifique et ne reflètent que l'opinion des internautes qui ont choisi d'y participer."

    Mais plus rien de tout cela dans la version papier du journal. En écrivant " 62,77 %  d'entre vous veulent voir Liran en prison", tout est présenté comme si les lecteurs étaient  en vérité pratiquement 2 sur 3 à vouloir voir Liran en prison.

    Et je trouve malheureux de jouer ainsi avec la réalité des faits et avec la personne d'un jeune même si c'est pour "surprendre et captiver " ses lecteurs comme l'écrit le rédacteur en chef de Vers l'Avenir dans la présentation de son nouveau journal,en p.12.

    Malheureux d'abord devant la formulation même des alternatives proposées en réponse à la question posée et devant le poids de préjugés que certaines véhiculent.

    Malheureux ensuite de voir donner et renforcer -peut-être par soucis "d'hyperproximité, axe principal de notre journal tabloïd qui marque" (autre extrait de la présentation du rédacteur en chef) - l'impression  que nous sommes tous capables d'apprécier et de juger adéquatement tout. Et  que l'avis le plus répandu  est celui qui s'impose   ...  par la magie d’une conception mathématique de la  démocratie.

    Malheureux encore de voir Liran rejoindre la galerie des supports du sensationnel et des faiseurs d'audience avec Jo, Justine, Ségo, Sarko, Dutroux, Johnny, Van Cau et tous les autres. Comment et pourquoi sa fugue de samedi a-t-elle été si rapidement connue et diffusée par les médias?

    Malheureux et perplexe enfin, en comparant le sort fait à Liran à celui réservé aux " deux rivales au volant à Tellin" en page 15 du carnet régional. L'agression d'une conductrice, heurtée à plusieurs reprises volontairement au volant de sa voiture par le véhicule conduit par l'ancienne petite amie de son fiancé, décrite comme "la tamponneuse jalouse", est présentée comme "une agression d'un genre un peu particulier" dont l'auteur " outre les conséquences judiciaires de son acte,...devra probablement y aller de sa poche pour indemniser sa victime".

    J'admire le respect des noms et des personnes des rivales de Tellin. Pourquoi Liran devait-il lui, être proposé au jugement voire à la vindicte publique?

  • Au-delà des campagnes

    J’en reviens encore aux métiers. A ceux de journaliste et de politique plus précisément.

     

    Je viens d’entendre l’extrait du témoignage d’ Azouz Begag, ancien ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances en France, extrait que l’on peut écouter et regarder à http://www.dailymotion.com/video/x1sz1n_azouz-sarkozy.  J’en tire deux réflexions.

     

    Le journaliste qui met en exergue les mots «  Je ne suis pas Azouz Sarkozy », - mots effectivement prononcés pour signifier « je ne suis pas l’auteur du projet de loi de Mr Sarkozy – dépasse me semble-t-il l’acceptable en matière d’information. En donnant à la phrase prononcée une portée manifestement non voulue par son auteur, il la charge d’une signification singulièrement « dangereuse » par rapport à la configuration du gouvernement du moment. Je comprends l'envie de créer l'évènement, mais je ne crois pas que ce soit là le métier du journaliste.

     

    Par ailleurs, être ministre ou député ou sénateur quand on vient d’un monde qui n’est pas celui de la politique se révèle souvent une épreuve non pour des raisons de compétences mais pour des raisons de réseaux : le nouveau ne pense-t-il pas souvent à résoudre des questions dont la permanence fonde la raison d’être des anciens ?