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economie

  • Economie et relations sociales

    "L'Occident a inventé un système étrange où, au lieu que l'économie soit encastrée dans les relations sociales, ce sont les relations sociales qui sont encastrées dans l'économie. Toutes les autres civilisations avaient évité soigneusement cette inversion. Etant fondamentalement irrationnel, ce système ne peut pas en fin de compte persister."

    Immanuel WALLERSTEIN,"L'Occident,le capitalisme et le système-monde moderne",in  Sociologie et sociétés,avril 1990,p. 50, cité par  Edouard LEGRAIN,"Travail total,déclin du salariat", in Krisis,18,novembre 1995,p. 40.

    Ce que nous vivons ces temps-ci ne nous invite-t-il pas à penser que l"analyse de Wallerstein comporte des éléments de réalité qu'il serait heureux de prendre en considération dans nos plans de relance et de reprise?

     

    Atomes précédents :

    inventer de nouveaux rapports

    L'hominescence

     

  • Au service de qui ?

    Dans la classification des activités économiques le secteur des services aux utilisateurs est souvent présenté comme un des moteurs du développement espéré. Et, parmi ceux-ci on met toujours en avant les potentialités des activités ce commerce et de distribution.

    La fermeture de seize de ses grands magasins annoncée par Carrefour S.A. nous invite donc à préciser ce qu'il faut entendre par "services". Car maintenant que produit biologique pourrait signifier produit contenant une part acceptable d'OGM, on pourrait se tromper en continuant à penser que la grande distribution est au service des consommateurs.

    On ferme 16 magasins et on met en question l'emploi de 900 collaborateurs - encore un mot dont il faudrait penser à interroger le sens- parce que les marges sont insuffisantes par rapport aux performances des concurrents. Oui vraiment, comme nous le remarquions hier, c'est bien le service de l'argent qui devient le premier fondement de l'activité économique d'aujourd'hui. 

    "La tentation de faire glisser les points de repère peut être grande lorsque les enjeux financiers sont de taille" écrit Philippe DEMBOUR dans sa "Cocarde du "bon agir " publiée par La Libre d'avant-hier. Carrefour S.A. n'a pu y résisté. A son corps défendant, poussé dans le dos par la concurrence féroce qui lui est imposée par le marché...

    Et, forte de cet acte de contrition, la direction "compte sur les représentants du personnel pour entamer une discussion sereine, efficace et constructive pour rechercher les solutions les plus adéquates", suivant le communiqué diffusé par l'agence Belga repris par La Libre. Nouvel exemple à méditer du retour en grâce du droit du plus fort...

  • Menaces sur les sociétés laïques ?

    L'article que Ralf DAHRENDORF consacre au péril qui pourrait menacer les sociétés laïques dans La Libre se termine par une mise en garde non voilée : " La tendance actuelle à l'obscurantisme peut aisément échapper à tout contrôle. »

    Et DAHRENDORF repère les différents visages que prend la menace qui pèse sur les démocraties laïques, celles où " la loi était faite par le peuple souverain et non par une quelconque entité divine ou un intermédiaire supra humain."

    Il identifie les croyants intégristes qui subordonnent la loi à un être suprême ou à la révélation, les fondamentalistes évangélistes qui pèsent sur le Parti républicain aux Etats-Unis,le Vatican et ses pressions sur le projet de constitution européenne, les juifs orthodoxe en Israël et l'intégrisme islamique militant pour la charia dans les jeunes démocraties et dans les pays à forte densité musulmane.  

    Si l'on ne peut qu'être d’accord pour qualifier toutes ces manifestions d'obscurantismes intolérables, on peut aussi souhaiter en approfondir l'analyse pour essayer de mettre en lumière ce qui constitue leur commune racine.

    Ne peut-on pas penser que ce qui est risque mortel pour les démocraties, c’est plus le retour des intégrismes qui enferment leurs fidèles dans et par une violence aveugle au nom et au service d'un Maître que le réveil de l'anxiété fondamentale devant la vie et la mort qui, pour certains de nos frères humains, trouve à s'exprimer le mieux en terme de religion?

    Un vieux professeur nous enseignait qu’aujourd’hui, nos vies  ne différaient de celles du moyen age  que par les formes d'enfermements qui  les définissent.  Les centres commerciaux ont remplacé les cathédrales mais la célébration y est aussi fervente le samedi en poussant son caddy  que le dimanche naguère en chantant des cantiques. Les ristournes ont remplacé les indulgences et les soldes d'hiver et d'été ont pris la place de l'Avent et du Carême.

    La hiérarchie des ordres religieux chargés de maintenir et de développer les pratiques - Jésuites, Dominicains et Capucins- se retrouve dans celle de leurs équivalents modernes, les grandes surfaces, avec Rob, Delhaize et Colruyt. Les grands séminaires ont fait place aux grandes écoles de gestion et les facultés de théologie se retrouvent en économie, le FMI et l’OCDE prenant la place du Saint Office. Les indignes se voyaient refuser les sacrements, aujourd'hui on leur refuse l'ouverture d'un compte en banque et l’on court vers les paradis fiscaux et non plus vers  les hauts lieux de pèlerinage...

    Ainsi, concluait-il l'important aujourd’hui est d’éviter de laisser encore enfermer les hommes dans une nouvelle illusion de salut collectif : le destin de chacun est de s'investir dans l'accomplissement de ce qu'il découvre qu'il doit devenir.

    Nous opposer au totalitarisme de ceux qui utilisent les religions pour s'imposer à tous, c'est bien. Affronter, dénoncer et combattre la pensée unique où qu'elle se manifeste, c'est mieux. Car c’est contre elle ou en tous cas en la dépassant, que se sont construites toutes les victoires de la vie sur la mort.

  • Investisseurs et marché sous perfusion

    J'étais frappé hier devant l'argent qui allait se mettre à travailler. Intrigué j'interrogeai donc dès ce matin, mon moteur de recherche sur le thème " informations financières" pour faire le point en la matière.

    La première réponse proposée est un communiqué de l'AFP à New York dont le premier paragraphe est suffisant pour revenir à « ce que parler veut dire » dont nous discutions hier. J’en reproduis le texte  ci-dessous au cas où le renvoi automatique ne fonctionnerait pas.

    « 26 mai 09:00 - NEW YORK (AFP) - Une rafale de données économiques s'abattra sur Wall Street la semaine prochaine, qui pourrait réserver quelques surprises aux investisseurs, dans un marché maintenu sous perfusion à coup d'acquisitions de sociétés. »

    Certes, la rafale qui s'abat sur Wall Street et le marché maintenu sous perfusion peuvent avant tout être considérés comme des images. Mais dans la société visuelle qui est la nôtre, elles véhiculent sans aucun doute un message qui les dépasse.

    Insensiblement, l'usage de mots qui font référence au vécu quotidien des hommes, contribue à donner vie à la réalité économique. Il y a un parallélisme certain dans nos inconscients, entre un marché maintenu sous perfusion menacé par une rafale qui va s'abattre sur lui et un proche que nous avons vu sur son lit d'hôpital face à la maladie qui le mine.

    Mais au delà de cette validation inconsciente des constructions du monde économique, se profile une question plus fondamentale qui s'origine dans l'utilisation du mot investisseur.  C'est que  nous découvrons petit à petit que nous ne disposons que de vieux mots - travail, investisseur,  mais aussi, mariage, divorce, religion,  nation, ... -  pour parler des formes nouvelles que prennent les choses par et dans nos pratiques au jour le jour.

    Car un investisseur n'achetait pas pour revendre et prendre son bénéfice le plus rapidement possible sans aucune autre considération quant aux conséquences de ses décisions. Un investisseur mettait à disposition des moyens pour produire et développer. Ce qui avait pour conséquence, outre sa juste rémunération, d’enrichir l'ensemble de l'activité.

    Décidément, il serait donc utile de retrouver un consensus sur le rapport entre les choses et les mots qui les désignent. Même s'il est toujours correct, pour parler des nouveaux investisseurs, d'utiliser de vieux mots : chez eux, l'appât du gain prend souvent la place de l'esprit d'entreprise.