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société

  • Une vérité cardinale

    Je voudrais revenir sur l'interview-testament accordée par le Cardinal  Danneels au journal Le Soir ce 24 décembre. Au-delà des appréciations  sans doute judicieuses sur la nécessité de construire une église qui sonne juste tant dans le concert des nations  qu'aux oreilles des enfants des hommes et des femmes d'aujourd'hui, je souhaite tirer les leçons qui découlent à mes yeux, de l'attitude de Jean-Paul II face à la curie romaine.

    « Jean-Paul II a remarqué, à un certain moment, qu'il n'y avait rien à faire contre cette machine administrative ; et il a cherché sa propre voie : les voyages, le contact avec les foules. Ainsi, il a remis l'Eglise sur la carte. »

    Nous nous trouvons confrontés ici non plus à une situation  d'église mais au vécu des hommes et des femmes inscrits radicalement dans la quotidienneté de la vie. Si chacun avait la possibilité de chercher sa propre voie, beaucoup arriveraient sans doute à mieux trouver dans les chantiers où s'élaborent cahin-caha les espaces de liberté, la place qui  correspond à leurs attentes et à leurs aptitudes.

    C'est vrai que nos sociétés nous proposent  encore trop souvent de consacrer nos énergies à des combats sans issues pour beaucoup : l'exemple de Jean-Paul II invite à oser se contenter de ce qui est possible au lieu de s'épuiser à poursuivre l'impossible. Nous ne sommes pas obligés de faire tous les mêmes études, il y a bien des manières de vivre une relation amoureuse heureuse, il n'y a pas qu'une religion qui libère...  Ma grand-mère avait raison : « quand on n'a pas ce que l'on aime il faut aimer ce que l'on a ! »

    Merci, Monsieur le Cardinal! Et croyez que j'apprécie que vos propos réveillent en moi ceux qu'enfant, j'entendais dans la bouche de la maman de mon père.

     

     

  • Economie et relations sociales

    "L'Occident a inventé un système étrange où, au lieu que l'économie soit encastrée dans les relations sociales, ce sont les relations sociales qui sont encastrées dans l'économie. Toutes les autres civilisations avaient évité soigneusement cette inversion. Etant fondamentalement irrationnel, ce système ne peut pas en fin de compte persister."

    Immanuel WALLERSTEIN,"L'Occident,le capitalisme et le système-monde moderne",in  Sociologie et sociétés,avril 1990,p. 50, cité par  Edouard LEGRAIN,"Travail total,déclin du salariat", in Krisis,18,novembre 1995,p. 40.

    Ce que nous vivons ces temps-ci ne nous invite-t-il pas à penser que l"analyse de Wallerstein comporte des éléments de réalité qu'il serait heureux de prendre en considération dans nos plans de relance et de reprise?

     

    Atomes précédents :

    inventer de nouveaux rapports

    L'hominescence

     

  • Avant de mourir...

    Un long silence ... une fatigue devant les murs qui poussent et enferment... non du découragement, mais le poids des nouvelles vérités et la nausée devant l'intransigeance de leurs prophètes  ...

    Et puis la mort qui, en emportant les gesticulations de tous, fait voir que la Vie est plus forte que les hommes qui la gèrent ... car la gestion semble désormais la raison d'être ou dit plus exactement, la vocation de l'humanité en marche.

    Et pourtant, avant de mourir, il est bon de penser que l'histoire du monde, même présentée en habits taillés avec la rigueur des exigences scientifiques, n'est pas une fatalité. Que l'ère de la nécessité qui a soutenu les formidables avancées qui nous précèdent peut ouvrir l'ère des possibles. Non que tout soit possible mais que rien n'est définitivement inéluctable.

    Oui, penser libres, c’est accepter, après avoir pris acte du besoin absolu de vérités qui nous fonde et nous anime chacun, que les vrais auxquels nous accédons sont plus projets en mal d'accomplissement qu'aboutissements qui comblent nos soifs de Vrai. Parce que si la mort signe la finitude des activités des hommes, l'Univers d'où ils sont sortis et où ils retournent, poursuit l'expansion qui est la sienne.

    Je reviens donc prendre ma part, si minime soit-elle, aux possibles qui s'élaborent au delà des jours qui passent et des hommes qui trépassent.

     

     

  • Suicide concerté : ultime expérience de partage?

    Florence et Christine, 14 et 15 ans, étudiantes fréquentant la même classe à Ajaccio, ont fait jeudi dernier les choux gras des journaux télévisés et de la presse en sautant  de la fenêtre de leur appartement respectif  pratiquement simultanément.

    Et les sites de ces médias reprennent les multiples réactions qui témoignent du désarroi personnel et collectif qu'engendre ce geste si peu conforme au politiquement correct et au socialement attendu ou au moins, espéré.

    Tout le monde cherche une raison qui rendrait compréhensible ce saut dans le vide, qui ferait rentrer ce refus de vivre dans les modèles de vivre-ensemble qui nous gouvernent.

    Le pouvoir judiciaire examine l'hypothèse d'un éventuel jeu  de défis morbides tels qu'on peut dit-il, en trouver dans les blogs des collégiens et lycéens sur Internet. Les psychiatres pointent le "couple narcissique" typique entre adolescentes de 14 à 16 ans ou une forme d’épidémie qui caractérise la démarche de suicide. Les statisticiens rappellent que chez les  15-24 ans, le suicide est après les accidents de la route, la deuxième cause de mortalité, soit 600 à 650 décès par an pour la France. Et on a appris ce soir qu'une des deux adolescentes faisait l'objet d'un suivi pédagogique récemment décidé par la Justice, en complément d'un suivi psychiatrique ancien.

    Ces efforts pour trouver à tout prix une explication qui nous rassure paraissent pourtant dérisoires et fondamentalement remis en question par la réaction d'une femme qui est passée par ce chemin : "Mais qu’est-ce que ça m'énerve d'entendre "jeux morbides"  quand on  entend des adolescents se suicider ! C'est pathétique et trop facile ! Essayer de les comprendre au moins !  J'ai failli vivre la même histoire et ce n'est pas pour un jeu morbide à la *** !  Mon meilleur ami n'allait pas bien, il se coupait, moi, j'étais au bord du suicide, on s'est toujours dit qu'on ne se laisserait jamais tomber l'un l'autre. " Tu sautes, je sautes": "Tu te tues, je me tue". C'était pareil,  on était tellement proche, on se comprenait tellement, on avait connu les mêmes galères d'ados et d'enfance pourrie. Impossible de laisser l'autre se tuer. C'était soit on vivait tous les deux, soit on mourrait tous les deux. A plusieurs reprises j'avais tenté de me jeter sous une voiture, mais il était là pour me retenir. Lui se coupait profondément. Mais on a survécu ensemble".

    Devant ce cri de Marie qui habite Saint Vivien de Blaye - je crois juste de rendre hommage à son témoignage - il nous faut apprendre, avant et pour éclairer nos analyses objectives et savantes, à rencontrer sans a priori cette réalité et à nous laisser faire par ce qui la fonde. Florence et Christine voulait peut-être partager une fois au moins l'expérience qu'on peut compter radicalement l'un sur l'autre et l'un pour l’autre.