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vie

  • Jérôme Cahuzac et Fernande Broca

     

    Fernande Broca retraitée de 76 ans, a été retrouvée morte jeudi dernier dans son appartement à Toulouse. Selon la police, "le relevé de la boîte aux lettres et les autres éléments recueillis sur place indiquent que la vieille dame aurait rendu son dernier souffle dix-huit mois plus tôt, peut-être même trois ans." Tels sont rapidement résumés, les faits de société rapportés notamment dans ladepeche.fr et dans liberation.fr.

    Face au mensonge de Jérôme Cahuzac, la mort de Fernande Broca a manifestement bien peu pesé dans l'orchestration médiatique de la vie quotidienne en France. Pourtant, cette mort, plus peut-être encore que la faute d'un ministre, met devant nos yeux une logique nouvelle désormais nécessaire pour expliciter la vie dans notre société.

    En effet, si c'est bien un squelette qu'on a trouvé en entrant dans son appartement, Madame Broca était toujours bien vivante dans les rouages de la machine à exister que nous avons progressivement mise en place.

    Si l'agence de location qui cherchait à entrer en contact avec elle - peut-on penser qu'il devenait temps d'adapter le montant de son loyer ? - n'avait pas alerté la police, les revenus de la vielle dame continueraient d'arriver par virement sur son compte, "sur lequel étaient prélevées automatiquement ses factures" suivant liberation.fr. Et le voisin qui trouvait l'immeuble très calme continuerait à penser "qu'elle était partie" en voyant s'accumuler les avis de passage de relevé d'électricité, comme il l'a déclaré à ladepeche.fr.

    Bien plus qu'un drame de la solitude, la mort de Madame Broca signe donc l'avènement d'un monde où l'argent devient "la Voie, la Vérité et la Vie" et où l'humanisme s'efface progressivement devant les exigences imposées par les apôtres convertis au nouveau Maitre. L'ouverture sur des possibles que permettait la confrontation des idéalismes en quête d'humanité fait place progressivement à l'enfermement dans des nécessaires engendrés par la soumission consensuelle au réalisme en quête d’efficacité et de rentabilité. L'affaire Cahuzac n'est qu'une illustration de ce que Fernande Broca nous a appris ...

     

     

     

  • Tout n'est que changement … sauf qu'on meurt toujours !

     

    Tout n'est que changement ! Cest le titre de la récente chronique donnée par Rudolf Rezsohazy à Lalibre.be. Il s'y intéresse "aux changements qui touchent aux fondements de la société, de la culture, de l’économie, de notre mode de vie" et considère l’"affirmation de l’épanouissement de la personne comme but de l’existence", la "révolution informatique" et le "réagencement de la scène internationale" comme les trois moteurs fondamentaux de la transformation radicale de "notre civilisation occidentale".

    Chantal Delsol s'intéresse elle aussi au "destin de notre représentation du monde" dans le bel ouvrage qu'elle a publié aux Editions du Cerf l'an dernier sous le titre "L'âge du renoncement". Pour cet auteur, "l’âge contemporain est le fruit d’un long processus d’instrumentalisation de la vérité au profit de l’utile". Cette manière de voir est proposée de manière plus détaillée en 4ième de couverture de son livre.

    "L'époque présente atteste plutôt la réinstauration de modes d'être et de pensée comparables à ceux qui précédèrent l'Occident chrétien et à ceux qui se déploient partout hors l'Occident chrétien : des sagesses et des paganismes, déjà à l'œuvre sous la texture déchirée de nos anciennes convictions, transcendantes ou immanentes. Ces sagesses se nourrissent de renoncement(...) Renoncement à la quête de la vérité, renoncement au progrès, à la royauté de l'homme, à la liberté personnelle. Les conséquences en sont, par un lent processus, le remplacement du vrai par le bien, des dogmes par des mythes, du temps fléché par un retour au temps circulaire, du monothéisme par le paganisme ou le panthéisme, de l'humanisme de liberté par un humanisme de protection, de la démocratie par le consensus, de la ferveur par le lâcher prise..."

    Tandis que l'analyse de Rezsohazy s'arrête au caractère passionnant de lobservation des aventures de l’humanité, celle que propose Delsol en arrive à questionner l'abandon quasi sans douleurs de conquêtes humaines primordiales si péniblement tirées du néant par ceux qui nous ont précédés. Pour elle - c'est la dernière phrase de sa conclusion - " les fous de la vérité sont peut-être les dépositaires d'une autre âme du monde, dont ils veillent la lueur captive".

    Car de génération en génération, depuis longtemps les hommes et depuis peu, les femmes avec eux, cherchent à savoir pour quoi ou peut-être mieux, pour qui ils sont entrés dans le tourbillon de la vie qui d'expérience, débouche inexorablement sur la mort. Et les réponses données de siècle en siècle au problème de la vie et de la mort étaient, dans notre civilisation, le fruit d'âpres confrontations auxquelles chacun était appelé à apporter sa part personnelle. Depuis le temps de l'estompement des normes et des accommodements raisonnables, la recherche de consensus appellerait désormais chacun à de plus en plus baisser personnellement pavillon face à l'omniprésence du citoyen responsable, grand inquisiteur du collectivement correct.

     

  • Anti-méthode pour vivre

     

    Ce sous-titre du livre que Fabrice Hadjadj a fait paraitre aux Presses de la Renaissance en 2005 sous le titre " Réussir sa mort " réveille en moi comme un appel ... Surtout quand je lis en quatrième de couverture " une société qui fuit devant la mort ne peut que fabriquer une culture de mort, tandis qu'une société qui l'accueille engendre une culture de vie. Entre une liquidation technique et une vie offerte, il nous faut choisir. Il n'y a pas d'autre alternative : se donner la mort ou bien donner sa vie".

     J'avais fais la même expérience au printemps 2009 où après un long silence, j'écrivais "   avant de mourir, il est bon de penser que l'histoire du monde, même présentée en habits taillés avec la rigueur des exigences scientifiques, n'est pas une fatalité. Que l'ère de la nécessité qui a soutenu les formidables avancées qui nous précèdent peut ouvrir l'ère des possibles. Non que tout soit possible mais que rien n'est définitivement inéluctable. " 

     A nouveau, - l'esprit de Pâques aurait-il soufflé aussi jusqu'à moi ? - je veux revenir une deuxième fois. Pour, comme je le disais en 2009, "prendre ma part, si minime soit-elle, aux possibles qui s'élaborent au delà des jours qui passent et des hommes qui trépassent".

     

  • Philippe Grollet et Eric de Beukelaer : des hommes avant tout !

     

    Je trouve que la Vie souffle dans ces mots prononcés au Centre d’Action Laïque par l'abbé Eric de Beukelaer au cours de la cérémonie d’hommage à Philippe Grollet ,ancien Président du CAL, récemment décédé :

    ... nos profondes différences ... culminaient dans notre approche de la mort, à laquelle nous donnions une signification fondamentalement différente. Cette mort, nous rassemble désormais. Par ton décès inopiné et prématuré, tu m’as précédé sur un chemin, qu’un jour aussi j’emprunterai. Ce jour-là – que ce soit un Dieu d’amour qui nous accueille, comme je le crois – ou que seul le néant soit notre compagne, comme tu le pensais – nous serons pleinement frères de destin. C’est cela, Philippe, qui est si beau avec les hommes : ce qui les oppose durant la vie, les rassemble dans la mort.

    Elle avait également inspiré l'« In Memoriam Philippe Grollet » que l'abbé de Beukelaer avait rédigé sur son blog en apprenant la mort de celui qui était devenu son ami:

    Nous commencions à mieux nous connaître et à nous respecter..... il voyait désormais l’homme en moi et non plus simplement l’adversaire idéologique. Tout naturellement, nous nous sommes mis à nous tutoyer et depuis lors, notre relation est devenue amicale – ce qui n’empêcha nullement la poursuite vigoureuse de nos échanges publics.

    Mais ou la vie éclate peut-être le plus, c'est dans le " Tellement vrai…" que l'abbé de Beukelaer répond au commentaire d'André :

    Ce que vous avez tous deux vécu en dehors de la lumière des projecteurs est bien plus beau et bien plus riche que ce qui fut médiatisé…

    Oui, la vie se noue là où les masques tombent. Et la mort, cette expérience radicale et incontournable pour chacun de nous, se révèle ainsi laboratoire de fraternité pour les vivants.

  • Convictions qui enferment ou racines qui donnent sens?

    J'attendais patiemment mon tour l'autre soir en feuilletant les publications qu'on trouve sur les tables de toutes les consultations. Le texte qui ouvre le Dossier N°76 que l'ASBL "Couple et Famille" a consacré au thème "Familles et convictions" m'a paru semence d'avenir digne d'être partagée. Le voici donc sans autre commentaire :

    Quand j'entends "convictions", je pense à l'époque où les choses étaient définies une fois pour toutes, où chacun et chacune avait sa place à remplir dans le grand Ordre du monde éternellement prescrit par ceux qui savaient à ceux qui ignoraient . Je pense à l'enfermement des esprits mais surtout de l'Esprit dans des principes dont la contrainte constituait la garantie principale : inquisitions, interdictions, spoliations, bannissements, exécutions, tels étaient les outils préférés tant des laïcs que des religieux pour maintenir et défendre leurs convictions.

    Je pense aux convictions des grands prêtres et des grands maitres, des princes de l'Église et des princes de l'Argent, des moralistes et des économistes : tous geôliers de leur vérité et zélateurs de leurs lois de peur sans doute de devoir s'interroger ,personnellement et collectivement, sur les fondements des fois qui les animent mais sans doute aussi, de peur de voir s'effondrer les positions où les placent les principes qu'ils servent. De ce point de vue, foi ou croyance religieuse, politique ou philosophique se classent au même niveau : elles ont assez bien fait la preuve que leur dérive "naturelle" les conduit fort facilement là où nous les avons trouvées en commençant cette réflexion.

    Mais, Dieu aidant, ces citadelles se sont lézardées et des souffles nouveaux s'échappent des interstices ainsi créés : l'énergie enfermée dans les principes et figée dans les convictions s'exprime dans des constellations nouvelles où la Vie devient la figure de la Vérité. Les fondements des convictions sont relus en racines qui donnent sens, en repères d'existence et en ferments de l'action. Et les mondes fermés s'ouvrent à nouveau pour devenir projets à construire, œuvres à réaliser.

    Le groupe qui nous était limite en nous assignant nos identités nous devient ressource en nous affrontant une fois de plus à l'Autre, non plus pour le conquérir, le convertir, le sauver ou même le développer mais pour le rencontrer, l'accueillir en devinant confusément que sans lui, nous ne pourrions jamais être vraiment nous-mêmes.